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Le génie graphique et la sensualité débridée de Picasso exposés à La Haye

© 2007 AFP - lundi 17 décembre

Un visiteur admire une oeuvre de Picasso le 14 décembre 2007 au Gemeentemuseum de La Haye
© AFP/Archives - Robert Vos

Une exposition du Gemeentemuseum de La Haye explore jusque fin mars la créativité graphique et sensuelle du peintre Pablo Picasso en présentant pêle-mêle des gravures, céramiques, dessins, sculptures et tableaux du musée Ludwig de Cologne (Allemagne).

En échange, le musée allemand expose pendant la même période les Piet Mondriaan du Gemeentemuseum, la plus grande collection au monde.

"Picasso à La Haye", plus vaste exposition Picasso jamais organisée aux Pays-Bas, présente plusieurs tableaux majeurs telles que le cubiste "Femme à la mandoline", un "Arlequin aux mains croisées" datant de 1923 et une monumentale, mais angoissante "Femme à l'artichaut" peinte pendant la Deuxième guerre mondiale.

Dès l'entrée, présenté en marge d'une série de croquis préparatoires aux célèbres Demoiselles d'Avignon, un portrait à la gouache de son ami Max Jacob, un visage taillé à la serpe en quelques puissants et larges coups de pinceau aux couleurs vibrantes, préfigure le cubisme.

"On pense toujours au cubisme, mais cela ne représente que 10% de l'oeuvre de Picasso", rappelle cependant le commissaire de l'exposition, Franz Kaiser.

Ce courant qui a ouvert la porte à l'abstraction et révolutionné la peinture du XXème siècle, est né du "frottement artistique" avec Georges Braque et du "besoin d'expérimentation permanent" de Pablo Picasso, explique-t-il.

Lorsque Braque est envoyé au front pendant la Première guerre mondiale, Picasso s'en détourne et dès 1917, en composant les décors et costumes pour les Ballets russes de Jean Cocteau, la rupture avec le cubisme est consommée.

"Picasso lui-même refusait de parler en termes d'avancées ou de reculs. Pour lui, le fait de revenir à la figuration ne se résumait pas en ces termes. +Je peins ce que je peux+, avait-il coutume de dire", selon l'historien.


Un tableau de Picasso est accroché sur un mur du Gemeentemuseum de La Haye, le 14 décembre 2007
© AFP/Archives - Robert Vos

"On peut le décrire à la fois par le biais de ces thèmes fétiches et par le biais de son style et c'est ce qu'on peut très bien voir ici", poursuit-il.

Parmi ses thèmes, on compte les femmes bien sûr --bestiales parfois, sensuelles toujours jusqu'à déborder le cadre de leur présence-- et son obsession pour leurs corps aux courbes larges et pleines, et pour leurs profils classiques : nez droits et profonds yeux en amende.

La tauromachie, le cirque, la figure du minotaure et du arlequin, l'influence de l'art africain et ibérique ont permis à Picasso de se créer un "classicisme" bien à lui, selon M. Kaiser.

Si l'on peut voir dans certaines toiles un clin d'oeil au surréalisme et dans ses réinterprétations, comme le magistral "Déjeuner sur l'herbe" inspiré d'Edouard Manet, un hommage à ses prédécesseurs, l'exposition démontre surtout la singularité de son coup de griffe, et ce sur tous les types de support.

Ainsi les multiples céramiques colorées, mais aussi les deux séries de gravures présentées. La première, la "Suite Vollard" réalisée au début des années 30, présente des nus aux profils antiques, brodant notamment autour du thème du sculpteur et de son modèle.

La deuxième, comptant 156 gravures, jette une lumière sur une sensualité toujours vivace à la fin de sa vie. Réalisée à plus de 90 ans, ses compositions frôlant la pornographie s'inspirent de monotypes d'Edgar Degas faits dans une maison close parisienne.

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