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"Les Trois brigands": toute la fantaisie caustique d'Ungerer dans un film

lundi 17 décembre

Tomi Ungerer avant l'inauguration du musée qui lui est consacré, le 26 octobre 2007 à Strasbourg
© AFP/Archives - Olivier Morin


Signé
par Hayo Freitag, "Les Trois brigands" qui sort
mercredi transpose pour la première fois au cinéma
la fantaisie échevelée, le ton caustique et le
graphisme épuré de l'illustrateur alsacien Tomi
Ungerer, célèbre dans le monde entier.

Classique de l'édition enfantine - "L'Ecole des
Loisirs" en a vendu un demi-million d'exemplaires,
traduits de l'allemand, depuis sa sortie en France en 1968
-, "Les Trois brigands" est à l'origine un
album de quelques pages, aux illustrations noires et bleu
sombre, au graphisme simple mais très évocateur.

En faire un film d'une heure et dix-neuf minutes sans trahir
l'esprit et la poésie de l'ouvrage tenait de la gageure
car le texte en est très bref, mais le résultat,
produit par la jeune société allemande Animation
X, née en 2004, est une véritable réussite.
Ravi de la qualité de ces "Trois Brigands",
Tomi Ungerer - qui jusque là avait refusé toute
adaptation de ses livres - a d'ailleurs accepté d'en
être le narrateur: c'est sa voix qui accompagne le
spectateur au long du film.

"Les Trois Brigands" sont des bandits de grand chemin
à l'ancienne qui attaquent les diligences la nuit dans
les bois, et détroussent leurs voyageurs.

L'un est armé d'un soufflet à poivre qui fait
éternuer les chevaux, l'autre d'un tromblon, le dernier
d'une grande hache qui lui sert à casser les roues.

Un jour, ils tombent sur une diligence qui ne transporte
qu'une petite orpheline nommée Tiffany: celle-ci part
habiter chez une vieille tante grognon.

Ravie d'échapper à ce destin peu ragoûtant, la
fillette convainc les bandits de l'enlever et s'installe
dans leur caverne: enjôleuse et maligne, elle aura
tôt fait de les convaincre de donner leur or à
tous les orphelins.


Tomi Ungerer porte de fausses lunettes avant l'inauguration du musée dédié à son oeuvre, le 26 octobre 2007 à Strasbourg
© AFP/Archives - Olivier Morin


A partir de
l'histoire originale, contée en ouverture et en
clôture du film, comme on feuillette un livre, les
auteurs du script Bettine von Borries et Achim von Borries
ont imaginé l'orphelinat dirigé par l'affreuse
tante, dont les pensionnaires en culottes courtes triment
aux champs toute la journée.

Ce sinistre univers concentrationnaire aux images
rougeoyantes, surmonté d'un étrange nuage noir qui
semble suinter de l'encre, contraste avec la scintillante
grotte des brigands, aux parois coloriées par la petite
fille. Grâce à elle, les trois affreux apprendront
bientôt à lire, à écrire et à faire
de la musique, avant de venir en aide aux orphelins.

Des images semées de clins d'oeil irrésistiblement
comiques, une entraînante chanson de brigands aux voix
rauques, enregistrée par le groupe allemand
Bananafishbones, ajoutent encore au charme du film.

Chez Ungerer, auteur caustique et politiquement incorrect,
rien n'est jamais mièvre, les enfants ne sont pas des
anges et tout est à double lecture: "Les Trois
brigands" n'échappent pas à la règle en
plaidant, l'air de rien, pour une éducation paternelle
hors des sentiers battus.

Au fil de ses albums, Tomi Ungerer a épinglé les
lâchetés des adultes avec drôlerie et
dénoncé pollution, consumérisme, racisme et totalitarisme.

Artiste prolifique - caricaturiste, affichiste, illustrateur
et auteur de quelque 70 livres pour enfants, "Jean de la
Lune", "Le Géant de Zeralda",
"Orlando"... mais aussi de nombreux dessins
érotiques -, aujourd'hui âgé de 75 ans, Tomi
Ungerer a vu son oeuvre célébrée par
l'ouverture, en octobre, d'un musée à Strasbourg.

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