"Les Trois brigands": toute la fantaisie caustique d'Ungerer dans un film

Tomi Ungerer avant l'inauguration du musée qui lui est consacré, le 26 octobre 2007 à Strasbourg
© AFP/Archives - Olivier Morin
Signé par Hayo Freitag, "Les Trois brigands" qui sort mercredi transpose pour la première fois au cinéma la fantaisie échevelée, le ton caustique et le graphisme épuré de l'illustrateur alsacien Tomi Ungerer, célèbre dans le monde entier.
Classique de l'édition enfantine - "L'Ecole des Loisirs" en a vendu un demi-million d'exemplaires, traduits de l'allemand, depuis sa sortie en France en 1968 -, "Les Trois brigands" est à l'origine un album de quelques pages, aux illustrations noires et bleu sombre, au graphisme simple mais très évocateur.
En faire un film d'une heure et dix-neuf minutes sans trahir l'esprit et la poésie de l'ouvrage tenait de la gageure car le texte en est très bref, mais le résultat, produit par la jeune société allemande Animation X, née en 2004, est une véritable réussite. Ravi de la qualité de ces "Trois Brigands", Tomi Ungerer - qui jusque là avait refusé toute adaptation de ses livres - a d'ailleurs accepté d'en être le narrateur: c'est sa voix qui accompagne le spectateur au long du film.
"Les Trois Brigands" sont des bandits de grand chemin à l'ancienne qui attaquent les diligences la nuit dans les bois, et détroussent leurs voyageurs.
L'un est armé d'un soufflet à poivre qui fait éternuer les chevaux, l'autre d'un tromblon, le dernier d'une grande hache qui lui sert à casser les roues.
Un jour, ils tombent sur une diligence qui ne transporte qu'une petite orpheline nommée Tiffany: celle-ci part habiter chez une vieille tante grognon.
Ravie d'échapper à ce destin peu ragoûtant, la fillette convainc les bandits de l'enlever et s'installe dans leur caverne: enjôleuse et maligne, elle aura tôt fait de les convaincre de donner leur or à tous les orphelins.

Tomi Ungerer porte de fausses lunettes avant l'inauguration du musée dédié à son oeuvre, le 26 octobre 2007 à Strasbourg
© AFP/Archives - Olivier Morin
A partir de l'histoire originale, contée en ouverture et en clôture du film, comme on feuillette un livre, les auteurs du script Bettine von Borries et Achim von Borries ont imaginé l'orphelinat dirigé par l'affreuse tante, dont les pensionnaires en culottes courtes triment aux champs toute la journée.
Ce sinistre univers concentrationnaire aux images rougeoyantes, surmonté d'un étrange nuage noir qui semble suinter de l'encre, contraste avec la scintillante grotte des brigands, aux parois coloriées par la petite fille. Grâce à elle, les trois affreux apprendront bientôt à lire, à écrire et à faire de la musique, avant de venir en aide aux orphelins.
Des images semées de clins d'oeil irrésistiblement comiques, une entraînante chanson de brigands aux voix rauques, enregistrée par le groupe allemand Bananafishbones, ajoutent encore au charme du film.
Chez Ungerer, auteur caustique et politiquement incorrect, rien n'est jamais mièvre, les enfants ne sont pas des anges et tout est à double lecture: "Les Trois brigands" n'échappent pas à la règle en plaidant, l'air de rien, pour une éducation paternelle hors des sentiers battus.
Au fil de ses albums, Tomi Ungerer a épinglé les lâchetés des adultes avec drôlerie et dénoncé pollution, consumérisme, racisme et totalitarisme.
Artiste prolifique - caricaturiste, affichiste, illustrateur et auteur de quelque 70 livres pour enfants, "Jean de la Lune", "Le Géant de Zeralda", "Orlando"... mais aussi de nombreux dessins érotiques -, aujourd'hui âgé de 75 ans, Tomi Ungerer a vu son oeuvre célébrée par l'ouverture, en octobre, d'un musée à Strasbourg.
