A peine lancée, la saison des Oscars menacée d'exploser en vol

Les scénaristes en grève, devant les studios FOX, à Los Angeles, le 26 novembre 2007
© AFP/Archives - Gabriel Bouys
La saison
des récompenses de cinéma a démarré
cette semaine à Hollywood avec la sélection des
Golden Globes, mais la grève des scénaristes
pourrait transformer en chemin de croix la route vers les
Oscars, fin février, notent des experts du 7e art.
Jeudi, alors que l'association de la presse
étrangère de Hollywood (HFPA) annonçait les
finalistes des Globes, le syndicat des scénaristes de
cinéma et de télévision américains (WGA)
a franchi une nouvelle étape dans le conflit social qui
l'oppose au syndicat des producteurs (AMPTP) en portant
plainte contre lui.
La WGA, qui réclame pour ses membres en grève
depuis le 5 novembre une augmentation des droits d'auteur
afin de tenir compte des nouveaux supports numériques,
accuse l'AMPTP de refuser de négocier de bonne foi et a
porté l'affaire devant le ministère américain
du Travail.
Cette escalade est observée avec nervosité par les
organisateurs des Golden Globes et des Oscars, qui ont
besoin des scénaristes pour écrire les monologues
des cérémonies, et alors que la WGA n'a pas exclu
d'installer des piquets de grève à l'entrée
des tapis rouges.
La HFPA a déjà contacté la WGA pour lui
demander une dérogation en vue des Globes le 13
janvier, mesure qui permettrait aussi aux acteurs,
réalisateurs et scénaristes d'assister à
l'événement sans avoir à franchir ces piquets.
La WGA a pour l'instant refusé de dire si elle
accorderait cette dérogation, le porte-parole du
syndicat Gregg Mitchell affirmant qu'il était "trop
tôt pour le dire". M. Mitchell a toutefois
déclaré au Washington Post que les organisateurs
devraient relever le défi "de monter un spectacle
de haute qualité et divertissant, sans scénaristes".
Le réalisateur canadien David Cronenberg, dont le
thriller "Les promesses de l'ombre" est nommé
aux Globes, a affirmé qu'"il serait très
difficile pour (lui) de franchir un piquet de grève de
la WGA", syndicat dont il est membre. "Tout le monde
va avoir le même problème", a-t-il dit au
quotidien Variety.
"Je ne franchirai jamais un piquet de grève", a
renchéri l'actrice Glenn Close, nommée aux Globes
pour un rôle dans une série télévisée.
Le casse-tête est le même pour les Oscars, grand
rendez-vous mondial du 7e art le 24 février.
L'émission de télévision du maître de
cérémonie de cette année, Jon Stewart, a
disparu des écrans faute de personnel pour écrire
ses répliques. La grève pourrait aussi le
bâillonner le grand soir venu.
"Il est trop tôt pour dire si la grève aura des
conséquences sur nous, si elle se poursuit" au
moment des Oscars, a toutefois déclaré à
l'AFP la porte-parole de l'Académie des arts et des
sciences du cinéma, Leslie Unger, selon qui les
préparatifs de la cérémonie se poursuivent normalement.
Certains observateurs de la saison des récompenses
hollywoodiennes font montre de moins d'optimisme.
"La grande question, c'est de savoir ce qu'ils vont faire
pendant la cérémonie", a remarqué Lew
Harris, rédacteur en chef du site spécialisé
dans le cinéma Movies.com. "Jon Stewart ne fait pas
son émission. Peut-il vraiment animer les Oscars sans
que quelqu'un écrive" ses répliques, a-t-il
demandé, en remarquant que Stewart, membre de la WGA,
est tenu par le mot d'ordre.
Pour M. Harris, si aucune solution n'est trouvée avant
les Oscars, leurs organisateurs pourraient décider de
se passer de textes. "De toutes façons, la
cérémonie est devenue tellement ennuyeuse que cela
ne fera pas une grande différence", a-t-il plaisanté.
Quant à savoir si les vainqueurs de trophées vont
saisir l'occasion du temps de parole qui leur est donné
pour une diatribe sur le conflit social, "ce serait de
mauvais goût", a affirmé M. Harris, même
s'"il pourrait y avoir quelques piques".
