Grands vins et profits enivrants : l'essor des crus vendus aux enchères

Un sommelier présente une bouteille, le 3 février 2007 à Salins-les-Bains, lors de la vente aux enchères de la 11e édition de "la percée du vin jaune"
© AFP/Archives - Laurent Cipriani
Les ventes
aux enchères de vins prestigieux, comme celle qui
pourrait atteindre un montant record de 2 millions d'euros
ce week-end à Paris, connaissent un succès
croissant, notamment auprès des clientèles
fortunées de Chine, de Russie ou issues de la finance internationale.
Les enchères de vins sont "un phénomène
qui s'amplifie au fil des ans (...) maintenant il y en a
toutes les semaines en France", constate Claude
Maratier. Cet expert indépendant espère
récolter "largement" plus de deux millions
d'euros en dispersant 10.000 bouteilles samedi et dimanche
dans un palace parisien, ce qui en ferait "la plus
importante vente de l'année".
"On a accès à des Châteaux ou à des
millésimes qui sont pour la plupart hors commerce.
C'est une des raisons principales du regain
d'intérêt" des enchères, explique M. Maratier.
Pour Laurie Matheson, experte en vins pour la maison de
ventes Artcurial, le succès des enchères "va
de pair avec le développement du marché du vin français".
Selon le Conseil des ventes, autorité de régulation
des ventes aux enchères, le produit des enchères
de vins en France a grimpé de 9,9 millions d'euros en
2003 à 23,7 millions d'euros en 2006.

François Curiel, président de Christie's Europe, dirige la 145e vente aux enchères des vins des Hospices de Beaune, le 20 novembre 2005 à Beaune
© AFP/Archives - Martin Bureau
Les
acheteurs étaient "pour la plupart français il
y a encore quelques années". Mais sur les très
grands vins, ils "se font de plus en plus timides pour
des raisons de prix souvent exorbitants", constate M. Maratier.
Les acheteurs "se sont bien étoffés sur
quelques nouveaux pays" comme la Russie ou la Chine qui
possède "des puissances d'achat très fortes
sur des vins très chers et très
recherchés", explique l'expert.
Il s'agit "essentiellement de revendeurs, de
négociants qui ont une clientèle de par le
monde", précise-t-il. Lui-même compte parmi
ses fidèles "un gros client russe" achetant
pour le compte de compatriotes fortunés.
Chez Christie's, "la proportion d'acheteurs français
est de 50%, moitié marchands, moitié
privés", indique Julie Carpentier, spécialiste
de la maison de ventes.
Dans les ventes d'Artcurial, qui disperse tous les deux mois
3 à 5.000 bouteilles, les acheteurs étrangers sont
"plutôt européens" et "peuvent
représenter 1/8 à 1/4 des ventes".

Dominique Giafferi présente des bouteilles de château Petrus, le 19 octobre 2006 au Credit Municipal de Paris
© AFP/Archives - Pierre Verdy
"La
clientèle a rajeuni" avec des "collectionneurs
ou buveurs de vins qui ont en général une
trentaine d'années", ajoute Mme Matheson (Artcurial).
Même constat chez Christie's : depuis 2 ou 3 ans,
"de jeunes traders" âgés de 30 à 40
ans, souvent anglo-saxons, "achètent de plus en
plus dans nos ventes à Paris", indique Julie
Carpentier. Dotés d'un pouvoir d'achat important, bien
informés, "ils savent qu'il est possible de
spéculer de manière intéressante sur les vins aujourd'hui".
Cette clientèle plus jeune apprécie aussi les
enchères sur internet. "Des gens très jeunes
enchérissent sur de grandes bouteilles",
relève Angélique de Lencquesaing,
fondatrice-associée d'idealwine, plateforme internet
ouverte aux commissaires-priseurs.
"Le catalogue est mis en ligne, les amateurs mettent leur
pseudo et enchérissent" d'un clic. Quelque 140.000
internautes ont adhéré (gratuitement) à idealwine.
Le budget moyen des internautes est de 900 euros mais,
souligne Mme de Lencquesaing, comme en salle, "il peut y
avoir plusieurs milliers d'euros sur une bouteille". Un
mathusalem de champagne Cristal Roederer 1990 s'est ainsi
envolé à 13.000 euros, prix record payé par
un internaute milanais.
