Le nouveau cinéma égyptien salué au festival de Marrakech

Marwane Ahmed (d), l'actrice Yousra (d) et les membres de l'équipe du film égyptien "Yacoubian's building", brandissent leur trophée, le 12 décembre 2007 à Marrakech
© AFP - Abdelhak Senna
Le festival
international du film de Marrakech a fêté les cent
ans du cinéma égyptien, le plus prolifique et le
plus ancien du monde arabe, et il a placé à
l'honneur sa nouvelle vague, incarnée notamment par le
film "L'immeuble Yacoubian" de Marwan Hamed.
"La nouvelle tendance aujourd'hui en Egypte c'est de
faire des films abordant des sujets sérieux mais de
manière sarcastique et c'est très important",
a déclaré à l'AFP la star égyptienne Yousra.
"Dans mon pays, il y a aujourd'hui plus de liberté,
plus de démocratie pour parler des sujets tabous. J'ai
ainsi pu jouer dans un téléfilm sur le viol, qui a
été diffusé durant le Ramadan: je pense que
c'est le film le plus réussi de ma carrière",
a-t-elle ajouté.
Le public a fait une ovation à la quarantaine d'artistes
égyptiens venus au festival. Les organisateurs avait
décidé cette année de rendre un hommage
particulier à ce cinéma qui a marqué le
public arabe pendant plus de 30 ans.
Après un long passage à vide, l'Egypte, depuis cinq
ans, relance sa production. En 2006, 42 films sont sortis
des studios du Caire et il y en aura 50 en 2007, a
assuré Sayed Chakra, directeur général de la
Chambre égyptienne du cinéma. En comparaison,
l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, les Territoires
palestiniens, la Jordanie, la Syrie, le Liban n'en ont
produit au total que 32.

L'actrice égyptienne Yusra le 12 décembre 2007 à Marrakech
© AFP - Abdelhak Senna
Près de
25 millions d'Egyptiens fréquentent 350 salles et 80%
préfèrent les productions nationales contre 20%
qui ont préféré en 2006 les 105 films
étrangers projetés, a précisé à
l'AFP M. Chakra.
Pour Wahid Hamed, scénariste de L'immeuble Yacoubian,
"à côté du cinéma de divertissement
qui doit continuer car la majorité du public l'adore,
il y a aujourd'hui un cinéma d'auteur où les
sujets complexes sont abordés à travers la
réflexion et l'esthétique".
"C'est parce que ce cinema nouveau s'inspire de la
société égyptienne qui a totalement
changé en 30 ans", a-t-il expliqué.
Le premier film égyptien, un court métrage sur une
mosquée du Caire, remonte à juin 1907. Depuis,
l'Egypte a produit des milliers de films qui ont bercé
l'imaginaire des Arabes: une quarantaine d'entre eux
viennent d'être présentés à Marrakech.
"Dans les systèmes d'oppression et de despotisme
dont souffre le monde arabe, nous voulons des histoires qui
interpellent les élites", a déclaré pour
sa part Khaled El Sawy, qui interprète dans L'immeube
Yacoubian le rôle d'un homosexuel.
"On nous dit toujours qu'il faut faire rêver le
public et ne pas montrer des choses négatives. C'est
faux. Le public n'est pas composé de gens sans cervelle
et il comprend beaucoup de choses", a-t-il insisté.
"Dans le monde arabe, 90% des films sont américains
ou égyptiens, et dans certains pays comme la Syrie et
la Palestine les films égyptiens dépassent
même les films américains", assure
fièrement M. Chakra.
En revanche, "il est navrant que la coopération et
les échanges entre les pays arabes soient quasiment
nuls actuellement", regrette Menem Richa, responsable du
programme européen Medscreen, doté d'un budget de
1,8 million d'euros, et dont la vocation est de promouvoir
les films arabes en Europe mais aussi dans le monde arabe.
Lors de son atelier à Marrakech, Euromed Audiovisuel a
proposé "pour l'avenir un véritable
mécanisme de réciprocité entre les
différents pays". "Il faudrait réussir
à assurer la promotion des films arabes dans les pays
frères", souhaite Enrico Chiesa, l'un des
responsables d'Euromed.
Le festival de Marrakech doit prendre fin samedi soir.
