Les scénaristes américains déposent une plainte contre les producteurs

Les scénaristes en grève devant les studios de la Fox à Los Angeles, le 26 novembre 2007
© AFP/Archives - Gabriel Bouys
Le conflit
social qui menace de scléroser le secteur de
l'audiovisuel américain s'est envenimé jeudi avec
l'annonce par les scénaristes en grève du
dépôt d'une plainte contre les producteurs, qui
ont qualifié cette mesure de gesticulation.
Le syndicat des scénaristes, "Writers Guild of
America" (WGA), et celui des producteurs, "Alliance
of Motion Picture and Television Producers" (AMPTP) ont
rompu leurs négociations le 7 décembre, rejetant
chacun la faute sur l'autre de la persistance du blocage.
Et jeudi, à l'issue de presque six semaines de
grève, "la WGA a porté plainte contre l'AMPTP
auprès du Conseil national des relations du Travail
("National Labor Relations Board", NLRB, une
instance fédérale ndlr) en raison de son refus de
négocier de bonne foi avec la WGA", a indiqué
le syndicat.
Le 7 décembre, la WGA, qui réclame une
revalorisation des droits d'auteur pour tenir compte de
l'exploitation du travail de ses membres sur de nouveaux
supports (internet, baladeurs numériques, DVD...),
avait accusé l'AMPTP de lui avoir lancé un
"ultimatum" aux termes inacceptables.
"Que l'AMPTP lance un ultimatum et rompe les
négociations pour notre refus de céder à
leurs requêtes illégales constitue clairement une
infraction à la loi fédérale", a
affirmé le syndicat, en appelant à nouveau l'AMPTP
à revenir à la table des négociations.
L'AMPTP a rapidement riposté, estimant jeudi soir que
"le dépôt d'une plainte auprès du NLRB
rappelle le vieux dicton des avocats: +quand vous avez les
faits pour vous, plaidez les faits. Quand vous avez la loi
pour vous, plaidez la loi. Et quand ni l'un ni l'autre ne
sont pour vous, frappez du poing sur la table+".
"La WGA en est maintenant réduite à frapper du
poing sur la table, et cette plainte sans fondement et
désespérée auprès de la NRLB constitue
une nouvelle preuve du fait que la stratégie de
négociation de la WGA n'a abouti à rien pour les
scénaristes", a assuré le syndicat des producteurs.
La WGA et l'AMPTP se sont séparés le 7
décembre sur un constat d'échec, sans mentionner
de date de reprise des négociations. L'AMPTP avait
alors dit refuser de participer "à la destruction
de ce secteur" économique et affirmé que les
exigences des scénaristes étaient disproportionnées.
Toute rédaction ou révision de scénario de
télévision ou de cinéma est de facto
gelée depuis le début de la grève le 5
novembre. Des piquets de grève sont déployés
devant les entrées des grands studios de la région
de Los Angeles, et notamment autour de Hollywood, le
quartier historique du cinéma dans le nord-ouest de la
mégalopole californienne.
Plusieurs séries télévisées dont
"Desperate Housewives" et "24 heures chrono"
ont déjà été affectées par la
grève, outre les "talk-shows" de soirée
qui ont dû avoir recours à des rediffusions. La
plupart des animateurs de ces émissions ont pris à
leur charge les salaires de leurs employés au
chômage technique.
Côté 7e art, les tournages des films "Anges et
démons" avec Tom Hanks, "Pinkville"
d'Oliver Stone et "Shantaram" de Mira Nair avec
Johnny Depp ont notamment été retardés.
Ce conflit risque en outre de jeter une ombre sur la saison
des récompenses, qui vient de démarrer jeudi avec
les nominations aux Golden Globes et culminera avec les
Oscars le 24 février.
Les autorités de Los Angeles et de Californie (ouest)
ont mis en garde contre un conflit de longue durée, qui
risquerait de coûter des centaines de millions de
dollars à l'économie locale. L'onde de choc
pourrait en effet se propager à tous les secteurs
d'activité gravitant autour du cinéma, des
techniciens de plateau aux chauffeurs de limousines.
