L'écrivain Dominique Fernandez sous la Coupole en mémoire de son père

Le romancier Dominique Fernandez (C), prononce son discours d'intronisation à l'Académie française, le 13 décembre 2007
© AFP - Patrick Kovarik
L'écrivain Dominique
Fernandez a défendu jeudi la mémoire de son
père, le critique littéraire Ramon Fernandez,
fervent partisan de la collaboration avec l'Allemagne sous
l'Occupation, dans son discours de réception à
l'Académie française.
Sanglé dans son uniforme orné de vert, le nouvel
académicien, âgé de 78 ans, a
révélé que parmi les motifs qui l'ont
poussé à présenter sa candidature "le
dernier n'a pas été de faire retentir sous la
Coupole, à côté de celui de Richelieu, le nom
de Ramon Fernandez".
"Je vous demande d'accueillir avec moi l'ombre de
quelqu'un qui avait plus de titres à prendre ma place,
et à qui je dois d'être celui que je suis : Ramon
Fernandez, mon père", a-t-il déclaré
dès le début de son discours.
Brillant journaliste et écrivain classé à
gauche, Ramon Fernandez a rejoint en 1937 le Parti Populaire
Français (PPF) pro-allemand de Jacques Doriot, et fait
notamment l'éloge de Joseph Goebbels dans la presse de
la collaboration.
S'il a jugé d'entrée l'engagement politique de son
père inexcusable, Dominique Fernandez a défendu en
revanche "son oeuvre littéraire", aujourd'hui
oubliée. Il a rappelé que Ramon Fernandez avait
été l'ami de Proust, Gide ou Malraux : "Quand
on a vécu une telle expérience, il paraît
inconcevable qu'on se rende à Weimar, en octobre 1941,
sur l'invitation du Dr Goebbels, puis qu'on publie, dans
plusieurs journaux de l'Occupation, un éloge
dithyrambique de cet individu, que par ailleurs on
méprise, lui et toute sa logorrhée nazie".
Brushing impeccable, épée à l'effigie de
Ganymède, bel adolescent troyen, au côté,
Dominique Fernandez a fait ensuite l'éloge du
professeur Jean Bernard, "ce grand spécialiste du
sang", engagé à la même époque dans
la Résistance, au fauteuil duquel il a été
élu en mars.
Dans sa réponse, l'écrivain Pierre-Jean Rémy a
évoqué lui même la personnalité de Ramon
Fernandez, ce "Mexicain devenu collabo",
"playboy dépensier et mondain, coureur de femmes et
beau parleur". "Si j'enchaîne sur vos propos,
c'est parce que je sais ce qu'a représenté et
représente encore pour vous ce père qui vous
ressemble pourtant si peu", a-t-il souligné.
Ramon Fernandez est mort d'un crise cardiaque en août
1944. "Juste à temps", a noté Pierre-Jean
Rémy, pour échapper à une probable exécution.
Dominique Fernandez, qui revendique son homosexualité
depuis la publication en 1978 de son livre
"L'étoile rose", a effleuré le sujet en
évoquant sa passion pour l'Italie, où l'on a
"rarement pourchassé bien sévèrement les
hérétiques, hérétiques de la foi,
hérétiques du sexe". "En Italie, a-t-il
dit, on se sent toujours bienvenu, toujours aimé, si
peu conforme qu'on soit à l'opinion dominante".
Auteur d'une soixantaine de livres, Dominique Fernandez a
obtenu le Prix Goncourt en 1982 pour "Dans la main de l'ange".
