Un scanner pour une momie égyptienne

La momie égyptienne va être scannée à Lunéville le 28 novembre 2007
© AFP - Jean-Christophe Verhaegen
Les flashes
crépitent et les cameramen se ruent lorsque s'ouvre la
salle du scanner de l'hôpital de Lunéville. A
l'intérieur, la star du jour, une momie
égyptienne, semble sourire de la situation, après
un check-up poussé de son intimité.
Couchée sur une toile cirée, la momie, qui
répond au doux nom romantique de "n°
2002.09.118", termine un marathon médical visant
à connaître ses origines, ses conditions de vie et
les causes de sa mort.
"La seule chose dont on est sûr, c'est que c'est une
femme", ce qui se voit à "la forme de son
crâne", "et qu'elle mesure 1 mètre
59", remarque Francis Janot, égyptologue et
spécialiste de chirurgie dentaire à
l'université Nancy I.
Découverte en 1904 à Antinoë, à 300
kilomètres du Caire, la dépouille a été
ramenée un an plus tard par un orientaliste au
musée du château de Lunéville
(Meurthe-et-Moselle), où elle a été
exposée en continu jusqu'à l'incendie d'une aile
du bâtiment en 2003, dont elle a été sauvée.
Son âge est un mystère. Aucun objet permettant de
dater le décès n'a été retrouvé
près de "la Dame du château", comme la
surnomme M. Janot, enterrée à même le sable.

La monie va être scannée le 28 novembre 2007 à Lunéville
© AFP - Jean-Christophe Verhaegen
On a d'abord
estimé qu'elle vivait 4 à 500 ans avant
Jésus-Christ. Puis sa mort a été
repoussée pour l'inscrire dans la période copte,
du nom de l'Egypte chrétienne, entre le IIe siècle
et le VIIe après J-C.
Les restes sont "remarquablement conservés", se
félicite l'égyptologue. Le visage de la momie est
encore couvert de peau, certes tirée par le temps. Sa
robe simple et déchirée découvre des membres
rougis et des extrémités noircies.
Mais l'énigme de sa vie reste intacte. Un examen
médical poussé a donc été
décidé pour soulever une partie du voile. Sortie
mercredi avec d'extrêmes précautions de son
présentoir vitré, la fragile dépouille a
été transportée en ambulance jusqu'à
l'hôpital de Lunéville.
"Ses dents sont saines, bien plus que les
nôtres", constate Michel Nicolas, le radiologue
ayant procédé à son examen au scanner. Son
cerveau et ses poumons, bien que déshydratés, sont
encore présents, contrairement au reste de ses organes,
disparus du fait de la putréfaction, explique le médecin.
Des prélèvement très ciblés ont
été opérés. "Des études
bactériologiques ou toxicologiques permettront de
savoir si elle souffrait de problèmes particuliers.
Cela nous permettra aussi de comprendre l'évolution
d'une éventuelle pathologie au cours des
siècles", observe Marc Flaczynski, docteur en
chirurgie dentaire à Nancy I.
Le squelette sera ensuite reconstruit informatiquement
d'après les images prises par le scanner. "On peut
aller beaucoup plus loin aujourd'hui que ce qui avait
été fait pour la momie de Ramsès II", se
félicite Annette Laumon, conservatrice du musée de Lunéville.
On pourra alors expliquer pourquoi la belle Egyptienne avait
les cheveux... blonds. Mme Laumon avance l'hypothèse
d'une décoloration au henné. Les mystères de
la séduction, confrontés aux ravages du temps,
sont décidément insondables.
