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Ecrire et rêver l'Afrique, selon le diplomate-écrivain Jean-Christophe Rufin

jeudi 13 décembre

Jean-Christophe Rufin intervient, le 10 décembre 2007, lors d'une rencontre littéraire sur le theme "Rêver l'Afrique et l'écriture" au centre culturel français de Dakar
© AFP - Seyllou


"Moi je
n'ai pas rêvé l'Afrique, c'est l'Afrique qui m'a
fait rêver". Ancien responsable humanitaire,
écrivain à succès et maintenant ambassadeur
de France au Sénégal, Jean-Christophe Rufin
évoque le continent dans son imaginaire romanesque.

"C'est la première fois que je peux parler d'autre
chose, en n'étant pas dans le rôle de
l'ambassadeur de France. J'en suis très content",
explique tout d'abord le diplomate, qui a pris fonction en
septembre, visiblement soulagé de prendre ses distances
avec les codes rigides du langage diplomatique.

Prix Goncourt en 2001 pour "Rouge Brésil", M.
Rufin, 55 ans, était récemment l'invité d'une
rencontre littéraire sur le thème "Rêver
l'Afrique et l'écrire" à l'Institut culturel
français de Dakar.

"Ce qui m'intéresse, ce sont les parcours, la
rencontre entre l'Europe et d'autres civilisations, la
rencontre avec l'Autre". Concernant l'Afrique,
"cette rencontre brutale avec un autre monde a produit
un choc", poursuit l'auteur de "L'Abyssin", Prix
Goncourt du premier roman en 1997.

Et de partir en guerre contre clichés et
préjugés: "L'Afrique, ce n'est ni le paradis,
ni l'enfer. Ce n'est pas un endroit où les gens vivent
nus et cueillent des fruits sur les arbres, comme le pensent
encore certains. Ce n'est pas non plus un endroit où on
ne fait que s'étriper".

L'Ethiopie, "pays vers toujours lequel je reviens" et
d'où est originaire sa femme, Azeb, a notamment
souffert des images atroces de la terrible famine de 1984-85
- enfants au ventre ballonné, membres squelettiques -
qui ont durablement marqué la représentation de ce
pays en Occident.

"L'Ethiopie a été diffamée,
déformée", explique l'ex-vice-président
de Médecins sans frontières (MSF) et ancien
responsable d'Action contre la faim (ACF). "Mais c'est
un pays riche par son histoire. J'espère que mon livre
(L'Abyssin) a contribué à donner une autre image
que la famine et la guerre".

Il a vécu cette éprouvante période en tant que
médecin, sur le terrain en Ethiopie, et en a tiré
un roman un peu désabusé: "Asmara ou les
causes perdues", Prix Interallié 1999.

La médecine, "c'est un métier du regard. Les
médecins regardent (...) Le regard médical
dépouille. C'est la pensée de l'efficacité,
du diagnostic".

"Le regard littéraire, c'est le contraire. Il ne
nomme pas. Ecrire des romans permet de récupérer
tout ce que la médecine a éliminé. C'est
pareil pour mon métier actuel. J'étais hier à
un défilé militaire. Il y avait des visages, des
paysages mais moi j'étais là pour le
défilé militaire".

"Je sais que tout cela n'est pas perdu et nourrira la
création. Les deux regards se complètent".

"Pour l'instant, je vois beaucoup
d'incompatibilités" entre les obligations, les
agendas surchargés du diplomate et le temps
nécessaire à la création de l'écrivain,
précise-t-il à l'AFP, prolongeant pourtant la
lignée prestigieuse des écrivains-diplomates comme
Chateaubriand, Romain Gary ou Jean-François Deniau.

"Mais avec la fonction de diplomate, vous êtes en
contact avec beaucoup de réalités, de visages, de
paysages... Je ne sais pas comment je vais l'exploiter".

Il observe un silence puis, l'écrivain prenant le dessus
sur le diplomate, conclut: "On ne peut pas rêver
d'un meilleur point d'observation".

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