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L'art contemporain, ça s'explique?

© 2008 AFP - jeudi 06 mars

Des visiteurs regardent des créations de l'artiste américain Steven Parrino au Palais de Tokyo à Paris, le 25 mai 2007
© AFP/Archives - Eric Feferberg

"Et là, il a voulu faire quoi?", demande Florence, dubitative devant les écrans blancs et les néons clignotants de Loris Gréaud, un jeune artiste de 29 ans. Au palais de Tokyo à Paris XVIe, où s'exposent les plasticiens les plus contemporains, des "médiateurs" guident la visite.

A l'entrée de l'exposition "Cellar Door" ouverte depuis la mi-février (jusqu'au 27 avril), un faux distributeur distribue de faux bonbons. Un peu plus loin, une immense bulle abrite deux joueurs de paint-ball, près d'un tapis orné d'un dessin qualifié d'intergalactique.

Loris Gréaud est "un artiste qui a beaucoup d'imagination", lance Anne Guillaume, une jeune historienne de l'art qui vient de prendre en charge un groupe d'une dizaine de visiteuses, des collègues d'une trentaine d'années travaillant dans une entreprise d'ingénierie routière de la région parisienne.

La jeune femme fait partie des huit membres de l'équipe de médiation culturelle du palais de Tokyo qui propose, depuis sa création en 2002, de guider le visiteur, en groupe ou seul, sur rendez-vous ou à la demande, dans les méandres très conceptuels de ses expositions d'art contemporain.

Il "n'a jamais été question de proposer des conférenciers qui auraient le discours +Je sais et vous m'écoutez+", explique à l'AFP Benjamin Bardinet, responsable de la médiation culturelle de l'institution.

Mais "face à l'art contemporain, on a besoin de certaines clefs", poursuit-il, une "oeuvre n'est pas qu'une oeuvre plastique. Elle donne des informations qu'il faut apprendre à décoder". Il faut "aider les gens à aiguiser leur regard, tout en laissant leur part d'obscurité aux oeuvres. Celles qui nous échappent sont peut-être les plus stimulantes", sourit-il.


Des visiteurs passent devant "3 Units Aluminium Death Shifter" de l'artiste américain Steven Parrino, le 25 mai 2007 au Palais de Tokyo à Paris
© AFP/Archives - Eric Feferberg

Au milieu du paysage d'arbres calcinés que le créateur a recouvert de canon à poudre, Anne Guillaume évoque les "passerelles" que veut établir l'artiste, à la fois plasticien et cinéaste, entre l'architecture, la géologie ou la musique.

Poussant du coude sa voisine, Elisabeth Le Deaut demande : "Le gros bloc au plafond, là, fait-il partie de l'exposition?" "Pour moi, l'art contemporain, ce sont des choses que l'on ne comprend pas très bien", renchérit sa collègue Isabelle Correia.

Au groupe de visiteuses, il a paru évident de demander un médiateur, "sinon ce serait frustrant. Il faut un décodeur", dit Sabine Bonnard. On "peut choisir entre deux attitudes", ajoute son amie Coralie Soudais, "soit on reste fermé en disant: +C'est idiot, ça ne m'intéresse pas+, soit on cherche à savoir ce que l'artiste a voulu faire, et pourquoi. Moi, une fois perçu sur quoi l'oeuvre repose, cela me plaît bien", dit-elle.

Peu de visiteurs - environ 10% - demandent un médiateur et ils sont pour la plupart jeunes, à l'image du public du palais de Tokyo, indique M. Bardinet. "Les gens ont un peu peur, d'être ridicules en posant des questions, peur de s'ennuyer ou d'être pris en otages. Mais tous ceux qui passent par un médiateur sont ensuite ravis", ajoute-t-il.

Pour assouplir encore le système, le palais de Tokyo a créé il y a un an un "bureau des médiateurs", un salon avec livres, films, canapés et fauteuils où se tient en permanence au moins un membre de l'équipe. On peut s'y asseoir, se documenter tout seul, poser ses questions ou demander une visite guidée. Elle sera gratuite, c'est le principe, sauf pour les groupes sur rendez-vous.

Outre les "médiateurs" qui se promènent aussi dans les salles, prêts à être sollicités, le palais de Tokyo propose des ateliers et des visites pour scolaires, enfants ou familles, toujours liés à l'exposition.

(Palais de Tokyo.13,ave du Président Wilson, 75016 Paris. Tous les jours sauf lundi, de 12h00 à minuit).

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