A 90 ans, l'acteur Ernest Borgnine ne veut pas entendre parler de retraite

Ernest Borgnine lors d'un entretien télévisé le 12 juillet 2007 à Beverly Hills (Californie)
© AFP/Getty Im./Archives - Frederick J. Brown
Plus de 50
ans après avoir décroché l'Oscar du meilleur
acteur, l'Américain Ernest Borgnine, 90 printemps, ne
veut pas entendre parler de retraite.
Cette "gueule" de Hollywood au large sourire, vu dans
de multiples classiques ( " Les Vikings", "Tant
qu'il y aura des hommes", "Vera Cruz", "Le
vol du Phénix"...), a récemment joué dans
un nouveau téléfilm où un vieillard rencontre
pour la première fois pour Noël une de ses petites-filles.
Ce scénario "m'était assez familier",
raconte M. Borgnine à l'AFP, en rappelant que sa
quatrième femme, après leur divorce, avait
monté leurs enfants contre lui au début des
années 1970.
"Je me souviens être allé chercher mes enfants
(...) et ma toute jeune fille m'a dit, +papa, on ne veut
plus te voir!+ Je suis parti et je ne les ai plus vus
pendant des années".
"Donc, je peux me sentir concerné par l'histoire
d'un homme coupé de sa famille malgré son amour
pour elle, et le fait que la solitude est plus forte pendant
la saison de Noël", explique-t-il.
Très récemment, ce comédien connu des
trentenaires pour avoir joué le mécanicien Dominic
Santini dans la série "Supercopter", a connu un
deuil personnel avec la disparition de son ami Delbert Mann,
réalisateur de "Marty" (1955), comédie qui
avait valu à Borgnine la statuette du meilleur acteur
à Hollywood.
"Delbert était un très bon réalisateur, en
ce sens qu'il ne vous laissait jamais travailler seul. Il
vous considérait comme un professionnel et vous aidait
à polir votre performance (scénique) plutôt
que de vous dicter ce que votre performance devait
être", se souvient-il.
"Et il savait aussi faire preuve d'humour pour dissiper
les conflits sur le plateau. Les acteurs appréciaient
vraiment sa présence".

Ernest Borgnine, Janet Leigh, Tony Curtis et Kirk Douglas (en haut), héros du film "Les Vikings", tourné par Richard Fleischer en 1958
© AFP/Archives -
Une
philosophie que Borgnine a faite sienne et qui explique en
partie sa longévité, avec largement plus de 100
films et téléfilms au compteur en 56 ans de carrière.
"J'essaie toujours d'aider autant que possible un
réalisateur, même si c'est avec quelque chose de
farfelu qui me vient à l'esprit. Après, c'est au
réalisateur d'arranger les idées qui me viennent".
"Mais les idées devraient plus venir de votre
personnage que de votre ego. Lorsque j'entends un acteur
dire qu'il peut se diriger lui-même, je me dis en mon
for intérieur: +tu ne devrais pas être un bon
acteur en premier lieu?+, parce que seul un bon acteur
comprend à quel point il a besoin de l'aide de tout le
monde sur le plateau pour livrer une performance vraiment mémorable".
"Pour moi, jouer la comédie est très
simple", ajoute Borgnine. "Il s'agit simplement de
faire fonctionner son intelligence et son coeur en même temps".
Marié en cinquièmes noces depuis 34 ans, Borgnine a
côtoyé les plus grands sur les tournages, comme
Kirk Douglas dans "Les Vikings", Lee Marvin dans
"Les douze salopards", ou encore William Holden,
Warren Oates, Robert Ryan et Ben Johnson dans le western
"La horde sauvage" de Sam Peckinpah.
Quels conseils à de jeunes acteurs donnerait ce
vétéran, l'un des derniers survivants d'une
génération de comédiens hollywoodiens avec
Kirk Douglas, Mickey Rooney et Olivia de Havilland?
"Décrochez un vrai boulot avant d'essayer d'obtenir
un rôle", répond-t-il. "Et ne portez pas
de lunettes de soleil à l'écran en pensant que
ça a de l'allure. Les yeux sont le meilleur atout d'un acteur".
"Et je leur donnerais aussi le conseil du grand
entraîneur de basket universitaire John Wooden, qui
disait "+ce qui est vraiment important, c'est ce que
vous apprenez une fois que vous savez tout+".
