Yue-Sai, la vedette chinoise de l'art de vivre

Yue Sai Kan, le 10 décembre 2000 à Shanghai
© AFP/Archives - Liu Jin
Yue-Sai Kan
est une immense star en Chine. De la télévision
dans un premier temps, puis des affaires avec une ligne de
cosmétiques cédée à l'Oréal.
Insatiable, cette Sino-américaine lance une chaîne
de magasins de décoration pour la maison.
Dans son appartement de Shanghai, à deux pas des
enseignes de luxe de la rue de Nankin, Yue-Sai Kan ne
s'arrête jamais d'entreprendre. Parfaitement
maquillée, vêtue d'un tailleur imprimé rose
fuchsia, elle donne pourtant l'impression de recevoir en amie.
Originaire de la province du Guangxi (Sud), qu'elle quitte
à un an avec sa famille, en 1949 quand les communistes
s'emparent du pouvoir, Yue-Sai est résolument
décomplexée. Son assurance l'a sûrement
aidée à gravir les échelons.
"Quand je suis arrivée en Chine, personne n'aurait
pu prédire que j'arriverais à faire ce que j'ai
réalisé", dit cette bouillonnante quinquagénaire.
"Rien ne me prédisposait à la réussite
ici. Je ne parlais pas mandarin, je n'avais pas de relations
et j'étais une Chinoise étrangère", se
plait à souligner la star, citoyenne américaine
depuis 1975 et qui maîtrise aujourd'hui parfaitement le mandarin.
Après avoir créé sa société de
production audiovisuelle dans les années 1970 aux
Etats-Unis, elle se fait remarquer avec un programme
intitulé "Regarder vers l'Est", qui
présente la culture asiatique aux Occidentaux. La
chaîne américaine PBS lui demande, en 1984,
d'animer une émission consacrée aux 35 ans de la
République populaire de Chine.
Elle tape dans l'oeil des officiels chinois qui lui offrent
l'antenne à la télévision nationale. Elle
enregistre plus de cent émissions pour "Chaque
endroit du Monde", suivies par près de 400 millions
de téléspectateurs.
Elle met rapidement sa popularité au service de ses
affaires, toujours empruntes de féminité. En 1992,
Yue-Sai lance sa marque de cosmétique sous son propre
nom. La plupart des femmes chinoises ne savent pas comment
se maquiller. C'est pourtant un succès immédiat.
"Le principe est très simple : en changeant votre
apparence, vous pouvez changer ce que vous êtes. Les
femmes gagnent de l'assurance quand elles se sentent
belles", résume Yue-Sai.
"Elle incarne la réussite en Chine. Elle a vécu
à l'étranger mais est rentrée au pays, à
un moment où les Chinois de la diaspora ne voulaient
pas rentrer. Elle a eu l'intelligence de revenir pour
bénéficier du développement du marché
chinois", analyse Zhang Hua, journaliste pour
l'édition chinoise de Cosmopolitan, à Pékin.
En dix ans, la marque de cosmétiques atteint plus de 50
millions de dollars de chiffre d'affaires et intéresse
les grands du secteur. En mai 2004, L'Oréal finit par
racheter la marque, dont Yue-Sai est toujours vice-présidente.
"Je n'avais pas les compétences pour développer
la marque aussi bien que L'Oréal pouvait le faire",
assure-t-elle. Le groupe français a passé la
marque dans sa division luxe et établi un laboratoire
de recherche et développement à Shanghai, dans le
but de lui donner une envergure internationale.
Yue-Sai est déjà ailleurs. La femme d'affaires, qui
suit de loin les cosmétiques dont les produits au rouge
emblématique jonchent sa coiffeuse, est intarissable
sur sa nouvelle ligne "La Maison de Yue-Sai".
Le premier magasin de plus de 5.000 mètres carrés,
ouvert à Shanghai lundi, est le prélude à
d'autres implantations dans la plus grande métropole
chinoise et à Pékin.
Les citadins chinois y trouvent des objets de
décoration, des vêtements pour la maison, mais
aussi des chocolats estampillés "Yue-Sai",
venus de France, ou du vin italien. La vedette n'en finit
pas de dicter son art de vivre.
