"La Graine et le mulet" d'Abdellatif Kechiche remporte le Goncourt du cinéma

Gilles Jacob (g) remet le prix Louis-Delluc à Abdellatif Kechiche, le 12 décembre 2007 à Paris
© AFP - Francois Guillot
Surnommé le "Goncourt du cinéma", le
prix Louis-Delluc 2007, qui récompense le
meilleur film français de l'année, a
été décerné mercredi à
"La Graine et le mulet" d'Abdellatif
Kechiche, chaleureux portrait d'une famille
franco-tunisienne et délicate chronique sociale.
"Ce prix me touche beaucoup, c'est un hasard, il arrive
le jour de la sortie du film... ou peut-être est-ce le
destin ?", a lancé le réalisateur tout
sourires, en recevant son prix.
"Je remercie ce jury composé de gens qui ont
une immense passion du cinéma, et dont l'analyse et le
regard ont toujours été pour moi un moteur pour
avancer", a-t-il ajouté.
Déjà acclamé en septembre au dernier Festival
de Venise, où il a remporté trois récompenses
dont le Prix spécial du jury et celui de la meilleure
révélation, décerné à la jeune
Hafsia Herzi, 20 ans, "La Graine et le mulet" dresse
le chaleureux portrait d'une famille franco-tunisienne.
Il raconte à la façon d'une épopée
comment un vieil immigré, ouvrier licencié des
chantiers navals, se lance dans l'ouverture d'un restaurant
de couscous de poisson (la semoule ou "graine", et
le mulet) sur un vieux rafiot rongé par la rouille.
Son auteur, le Franco-tunisien Abdellatif Kechiche, aborde la
crise de l'emploi dans ce troisième film humaniste et
sensible, après avoir évoqué la dureté
de l'immigration dans "La faute à Voltaire"
(2000) puis les quartiers populaires des banlieues avec
"L'Esquive", récompensé de quatre
César en 2004.

L'actrice française Hafsia Herzi pose avec le prix Marcello Mastroianni au festival de Venise, le 8 septembre 2007
© AFP/Archives - Christophe Simon
"J'ai
été très ému et enthousiasmé par ce
film. Abdellatif Kechiche était déjà
très talentueux, et avec +La Graine et le mulet+ il
s'est installé à un niveau où il compte dans
le paysage cinématographique français", a
déclaré Gilles Jacob, président du jury,
à la presse, peu après l'annonce.
"Son cinéma repose sur une certaine qualité
d'émotion, une attention aux gens, il fonctionne sur le
même principe que celui de Pialat: il saisit la vie
à l'instant où elle est vraie", a-t-il ajouté.
Réuni au restaurant Le Fouquet's, le jury composé
d'une vingtaine de critiques a également
récompensé, au titre du prix du premier film, deux
oeuvres ex aequo, "Naissance des pieuvres" de
Céline Sciamma et "Tout est pardonné" de
Mia Hansen-Love.
Créé en 1937 en hommage au cinéaste et
écrivain Louis Delluc, le premier journaliste
français spécialisé dans le cinéma et
fondateur de ciné-clubs, ce prix surnommé le
"Goncourt du cinéma" distingue des films
français sortis dans l'année écoulée.
En 2006, le Prix Louis-Delluc était revenu à
"Lady Chatterley" de Pascale Ferran, et le prix
Louis-Delluc du premier film au "Pressentiment",
première oeuvre du comédien Jean-Pierre Darroussin.
Parmi les réalisateurs récompensés en
près de sept décennies, figurent Jacques Tati
("Les vacances de M. Hulot", 1953), Jacques Demy
("Les parapluies de Cherbourg", 1963), Maurice
Pialat ("A nos amours", 1983), Claude Chabrol
("Merci pour le chocolat", 2000) et Arnaud
Desplechin ("Rois et Reines", 2004).
Les sept autres films en lice pour le 65e Prix Louis-Delluc
étaient: "Actrices" de Valeria Bruni-Tedeschi,
"Les Amours d'Astrée et de Céladon" d'Eric
Rohmer, "Avant que j'oublie" de Jacques Nolot,
"Belle toujours" de Manoel de Oliveira, "Les
Chansons d'amour" de Christophe Honoré, "Les
Témoins" d'André Téchiné et "La
fille coupée en deux" de Claude Chabrol.
