Les nouveaux juifs polonais retrouvent leurs racines cachées par la Shoah

Malgorzata Szymanska, le 9 décembre 2007 à Varsovie
© AFP - Janek Skarzynski
En Pologne,
dans l'ancien coeur juif de l'Europe, les frêles
bougies de Hanoucca qui brûlent depuis ces derniers
jours sont souvent allumées par de nouveaux juifs qui
n'ont que récemment redécouvert leur identité.
Rescapés de l'Holocauste nazi puis élevés sous
un régime communiste ouvertement antisémite,
nombre de Polonais de l'après-guerre avait choisi de
taire et même d'effacer leurs origines dans un pays
très majoritairement catholique.
"Nous ne parlions jamais de mes ancêtres. C'est
comme si quelque chose avait été brisé",
se souvient Agnieszka Kwasniewska, une récente
convertie de 37 ans, rencontrée au Centre culturel juif
de Varsovie, après une cérémonie de Hanouka,
la Fête des lumières.
Elle avait 12 ans quand sa grand-mère lui raconta
qu'elle avait dû se cacher pendant la Seconde guerre
mondiale car "elle ressemblait à une juive".
"J'ai su qu'il y avait quelque chose qui sonnait faux
dans cette histoire. Elle pleurait beaucoup. Nous n'en avons
jamais reparlé", raconte-t-elle.
"Plus tard, j'ai demandé à mon père et il
a dit: 'C'est de l'histoire ancienne, on ne peut plus y
revenir'. Nous sommes des catholiques".
Sa conversion a créé des tensions avec sa famille
mais elle ne regrette rien. "Quand je suis venue à
la synagogue, c'est comme si je revenais à la maison".
Selon les estimations, il ne reste que 3.500 à 15.000
juifs en Pologne, sur une population de 38 millions
d'habitants. Mais il est pratiquement impossible de chiffrer
le nombre de Polonais qui ont des ascendants juifs.

Malgorzata Szymanska, au centre culturel juif de Varsovie, le 9 décembre 2007
© AFP - Janek Skarzynski
A la veille
de la Seconde guerre mondiale, ils y avait près de 3,5
millions de juifs en Pologne. Et Varsovie était la
première ville juive d'Europe, et la deuxième du
monde derrière New York, avec une communauté de
400.000 personnes.
Les nazis, qui occupèrent la Pologne en 1939,
tuèrent environ 90% des juifs polonais, soit quelque 3
millions de personnes. En 1945, le nombre des juifs en
Pologne n'était plus que de 280.000.
La plupart ont choisi d'émigrer en Israël ou aux
Etats-Unis, immédiatement après la guerre ou lors
des campagnes antisémites du régime communiste
dans les années 50 ou encore en 1968.
Mais de nombreux juifs qui avaient survécu en
réussissant à cacher leur identité ont
décidé de ne rien changer afin de protéger
leurs enfants. Ce fut souvent le cas dans les familles
mi-catholiques, mi-juives ou dans celles qui étaient athées.
"J'avais 13 ans. Je me suis intéressé à
mon nom de famille", raconte Maciej Krasniewski, 20 ans,
"les noms polonais se terminant en 'ski' peuvent
indiquer une origine aristocratique. J'ai demandé
à mon père et il a dit: 'Notre vrai nom, c'est Kirschenbaum'".
Son grand-père paternel avait survécu à la
Shoah et avait changé son nom en 1954.
Maciej Krasniewski a mis cinq ans à se convertir, en
raison d'un sentiment de culpabilité de sa foi
catholique qui lui soufflait que ce serait un
péché. Son frère jumeau a suivi le même
chemin et a même rejoint les rangs des orthodoxes.
Il hésite encore à arborer sa kippa lorsqu'il sort
dans la rue mais il est décidé, dit-il, à
faire son coming out, à la manière des homosexuels.
"Nous sommes ici, nous ne nous en irons pas, il faut vous
habituer", dit-il, "si on ne le fait pas, personne
ne saura qu'il y a des juifs en Pologne".
Les nouveaux juifs de Pologne veulent aussi que les autres
juifs, en particulier ceux d'Israël ou des Etats-Unis,
qui viennent visiter les sites des camps de la mort comme
ceux d'Auschwitz-Birkenau ou de Treblinka cessent de
considérer leur pays comme un vaste cimetière.
"Les autres juifs doivent voir qu'il y a une
réalité de la vie juive en Pologne", affirme
Anna Janot-Szymanska, dont la soeur, Malgorzata, dirige le
Centre culturel juif.
