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Francfort expose les multiples facettes de Cranach l'Ancien

jeudi 29 novembre

Le tableau de Cranach "L'âge d'or" est installé au musée Städel de Francfort le 19 novembre 2007
© DDP/AFP - Thomas Lohnes


Ami de
Martin Luther mais apprécié des catholiques,
peintre de cour mais aussi marchand de vins et apothicaire:
le talent et le sens des affaires ont fait de Cranach
l'Ancien l'un des hommes d'art les plus importants du XVIe siècle.

Une exposition du musée des beaux-arts de Francfort, le
Städel, parcoure la palette des talents de
l'Allemand. Plus d'une centaine d'oeuvres venues du monde
entier, de Besançon à Washington en passant par
Londres et Madrid, y sont exposées jusqu'au 12 février.

"Le nom de Cranach évoque quelque chose à tout
le monde, mais les gens ne connaissent pas toujours ses
tableaux", d'où l'importance de cette
rétrospective, explique Bodo Brinkmann, en charge de l'exposition.

Chaque salle présente un aspect différent de son
travail: des scènes profanes tirées de la vie
quotidienne ou de la mythologie, des nus féminins aux
formes graciles, des portraits inspirés aussi bien de
la Renaissance italienne que des Pays-Bas; des peintures,
gravures et décorations réalisées pour le
puissant prince de Saxe, Frédéric le Sage; des
tableaux reprenant les thèmes favoris des catholiques,
la Vierge et le Christ, mais aussi des images de propagande
au service du réformateur Luther.


"Judith dine avec Holoferne", tableau de Cranch l'Ancien, installé au Städel de Francfort le 19 novembre 2007
© DDP/AFP - Thomas Lohnes


"C'est un
fabuleux portraitiste", s'exclame M. Brinkmann. Il
souligne aussi les "lignes abstraites" des femmes
peintes par Cranach l'Ancien, qui inspireront plus tard des
artistes comme Picasso ou Giacometti.

"Rendre avec exactitude les proportions du corps humain
ne l'intéresse pas", contrairement à Albrecht
Dürer, l'autre grand nom de la peinture allemande de
l'époque, poursuit M. Brinkmann.

Son génie et sa prolificité expliquent le
succès de ce fils de peintre, né en 1472 dans la
ville de Kronach, en Haute-Franconie, d'où il tire son
nom. Vers 1500, il apparaît à Vienne. Entre ces
deux dates, sa trace se perd et on ignore quelle a
été sa formation. Ce qui est sûr, c'est
qu'à son arrivée dans l'actuelle capitale
autrichienne, il est déjà un artiste accompli,
à la vaste culture.

1505 marque un tournant décisif dans sa carrière:
il devient le peintre officiel de la cour de Saxe et
s'installe à Wittenberg, ville de Luther et centre de
la Réforme.

"Il y dispose d'un contrat très
privilégié, car il était bien payé et
disposait d'une grande liberté", explique M.
Brinkmann. Il conservera ses privilèges pratiquement
jusqu'à sa mort en 1553. C'est aussi à cette
époque qu'il se marie avec Barbara Brengbier, dont il
aura deux fils.


"Le Christ souffrant", tableau de Cranach sera exposé au musée Städel de Francfort à partie du 29 novembre 2007
© DDP/AFP - Thomas Lohnes


Non content
d'être un artiste reconnu, il se révèle
être aussi un redoutable homme d'affaires: à
côté de son atelier, qui produit des tableaux et
des décorations murales, il ouvre une pharmacie, donne
dans l'immobilier et le commerce de vin, est associé
dans une imprimerie et élu maire à plusieurs reprises.

Son sens de la diplomatie lui permet de s'attirer les
grâces de clients aux intérêts très
divergents, comme Luther et le cardinal Albrecht de Brandebourg.

Du premier, il réalise des portraits en série pour
défendre sa cause, par exemple à l'occasion du
mariage de l'ancien moine augustin avec Catherine de Bora,
qui provoque alors un tollé. Cranach est présent
à ses côtés jusqu'à son décès
en 1546: le portrait de Luther sur son lit de mort
présente un homme au visage serein, pour contrer les
rumeurs lancées par la contre-réforme affirmant
que le religieux schismatique avait été
précipité en enfer.

Ces affinités n'empêchent pas Cranach de faire le
portrait en 1526 du cardinal Albrecht, farouche opposant
à la Réforme, en Saint-Jérôme.

L'histoire de Cranach l'Ancien ne s'arrête pas vraiment
à sa mort à Weimar. Avec son fils Cranach le Jeune
la relève est assurée.

Volet Féminin