Les films de la semaine : le Kechiche, une fable bucolique et des abeilles

L'actrice française Hafsia Herzi pose avec le prix Marcello Mastroianni au festaival de à Venise, le 8 septembre 2007
© AFP/Archives - Christophe Simon
Le superbe
troisième film d'Abdellatif Kechiche, "La Graine et
le mulet", chaleureux portrait d'une famille
franco-tunisienne, la fable bucolique de Luc Jacquet "Le
renard et l'enfant" et "Elizabeth : L'âge
d'or", une super production où Cate Blanchett
reprend son rôle de reine d'Angleterre, sont notamment
à l'affiche cette semaine.
- "La Graine et le mulet" d'Abdellatif Kechiche
(France, 2H31) avec Habib Boufares, Hafsia Herzi. Slimane,
un vieil ouvrier immigré des chantiers navals de
Sète, est mis à la porte après des
décennies de loyaux services car il n'est "plus
rentable" et "pas assez flexible". Slimane
décide alors d'ouvrir un restaurant de couscous de
poisson - la semoule ou "graine", et le mulet - sur
un vieux rafiot rongé par la rouille. Les multiples
démarches nécessaires sont bientôt synonymes
de frustrations et d'humiliations larvées, pour cet
homme modeste. Ses vieux copains et surtout ses deux
familles - séparé de son épouse, il
fréquente la patronne de l'hôtel de l'Orient
où il vit et élève sa fille, la jeune Rym,
qui l'admire - vont se lancer à corps perdu dans
l'aventure. Après avoir évoqué la dureté
de l'immigration dans "La faute à Voltaire"
(2000) puis les quartiers populaires des banlieues avec
"L'Esquive" (récompensé de quatre
César en 2004), le franco-tunisien Abdellatif Kechiche
aborde la crise de l'emploi dans ce superbe troisième
film. Ce chaleureux portrait d'une famille franco-tunisienne
a été acclamé au dernier Festival de Venise
où il a raflé le Prix spécial du Jury et
celui de la meilleure révélation,
décerné à la jeune Hafsia Herzi, merveilleuse
Rym dans "La graine et le mulet".
- "Le renard et l'enfant" de Luc Jacquet
(France,1H36) avec Bertille Noël-Bruneau, Isabelle
Carré. Insatiable observateur du monde sauvage, Luc
Jacquet en exalte à nouveau la beauté dans sa
première fiction, deux ans après l'extraordinaire
succès de "La marche de l'Empereur",
couronné de l'Oscar du meilleur documentaire à
Hollywood. En racontant l'apprivoisement réciproque
d'une petite fille de dix ans et d'un renard, Luc Jacquet a
cherché à retrouver ses sensations d'enfance et
montrer "la nature telle qu'elle s'offre, quand on reste
des heures sans bouger pour se faire oublier". Cette
aventure minuscule, une "odyssée pour l'enfant"
joliment interprétée par Bertille
Noël-Bruneau, a été filmée comme une
superproduction, avec un budget de 11 millions d'euros.
Tourné dans le sud du Jura et dans la région
italienne des Abruzzes, le film montre de somptueux
paysages, baignés de lumière dorée,
nimbés de brume ou recouverts d'un manteau de neige,
une nature sereine et idéale.

L'actrice Cate Blanchett devant l'affiche du film "Elizabeth : L'âge d'or" à Sydney, le 2 novembre 2007
© AFP/Archives - Greg Wood
-
"Elizabeth : L'âge d'or" de Shekhar Kapur
(Grande-Bretagne, 1H54, titre original "Golden age")
avec Cate Blanchett, Clive Owen. En 1585, Elizabeth
Ière règne sur l'Angleterre depuis près de
trente ans. Le vent destructeur du catholicisme
fondamentaliste souffle sur l'Europe, sous la conduite de
Philippe II d'Espagne. Soutenu par l'Eglise de Rome, le roi
dispose d'une armée puissante et d'une armada qui
domine les mers. Philippe II est déterminé à
renverser la reine "hérétique" et à
ramener l'Angleterre au sein de l'Église romaine
catholique. Elizabeth se prépare à la guerre.
Cette fastueuse super-production est la suite
d'"Elizabeth", déjà réalisé par
Shekhar Kapur ("Masoom", "Mr India"), sept
fois nommé aux Oscars. Malgré les moyens
déployés et tout le talent de Cate Blanchett -
Clive Owen en revanche, peine à donner de la
consistance à son personnage - cet "Age d'or"
ne suscite que peu d'intérêt.
- "Comme ton père" de Marco Carmel (France,
1H35) avec Richard Berry, Gad Elmaleh, Yaël Abecassis,
Jules-Angelo Bigarnet. Ce premier film du réalisateur
de télévision israélien Marco Carmel suit
l'exil d'une famille modeste qui quitte Israël pour
s'installer à Belleville, dans le Paris des années
1970. Le père (Gad Elmaleh) gagne tout juste de quoi
faire vivre sa femme et ses deux fils, avant de se lier avec
un truand gouailleur (Richard Berry) qui le pousse à
braquer des banques. Des personnages attachants mais des
maladresses dans le scénario de ce premier film, par
moments pavé de bons sentiments.
- "Si c'était lui" d'Anne-Marie Etienne (France,
1H29) avec Carole Bouquet, Marc Lavoine, Florence Foresti.
Projectionniste au chômage, Valentin (Marc Lavoine)
squatte un appartement des beaux quartiers que son oncle
architecte s'apprête à rénover. Sur le
palier, le rugueux jeune homme - le scénario lui donne
35 ans mais à l'image, on en doute - rencontre sa
voisine, la très bourgeoise Hélène (Carole
Bouquet) qui écrit des essais dont le thème
récurrent est "Y a-t-il encore des classes
sociales?". Championne auto-proclamée de la lutte
contre les idées reçues, ira-t-elle jusqu'à
s'amouracher du semi-SDF aux yeux revolver qui vit dans
l'appartement d'en face ? Le suspense est limité, tout
comme la réussite de ce "Pretty woman" à
la française - pimenté d'une touche de discours
social -. Tant du côté comique que du
côté romantique, le film cherche son rythme en
permanence. Seule Florence Foresti est étonnante,
toujours juste et sensible.
- "Un baiser, s'il vous
plaît" d'Emmanuel Mouret (France, 1H40)
avec Emmanuel Mouret, Virginie Ledoyen, Julie
Gayet, Michael Cohen. Ecrit, joué et réalisé
par le jeune Emmanuel Mouret, 37 ans, un objet
cinématographique ouvertement littéraire, un
marivaudage stylisé à l'univers très
"Paris rive droite" et aux dialogues artificiels,
qui peut séduire ou irriter. La Parisienne Emilie
(Julie Gayet) part pour deux jours de travail à Nantes,
où elle passe la soirée avec Gabriel (Michael
Cohen), rencontré par hasard. Après un bon
dîner, Gabriel raccompagne Emilie à son hôtel
et en guise de "dernier souvenir", tente de
l'embrasser, mais celle-ci se rétracte: selon elle il
n'est pas de baiser innocent, sans conséquences. A
l'appui de sa thèse, Emilie raconte alors la
mésaventure vécue par son amie Julie (Virginie
Ledoyen), heureuse épouse de Claudio (Stefano Accorsi).
Pleine de compassion pour la solitude affective de son
meilleur ami Nicolas (Emmanuel Mouret), Julie avait consenti
à lui donner des baisers qui devaient rester "sans
conséquences"... mais rien ne s'est passé
comme prévu.
- "Bee movie, Drôle d'abeille" film d'animation
de Steve Hickner et Simon J. Smith (Etats-Unis, 1H35). Barry
Bee Benson n'est pas une abeille ordinaire: tout juste
diplomé, il se désole de n'avoir qu'une seule
perspective d'avenir, Honex, la fabrique de miel. Lors de sa
première sortie de la ruche, il brise une des lois les
plus importantes des abeilles: parler à un être
humain! Il se rend alors compte que tout le miel des
abeilles est volé par les hommes. Il décide
d'intenter un procès à l'espèce humaine.
- "Big City" de Djamel Bensalah (France, 1H40). Dans
les années 1880, aux confins de l'Ouest américain,
la petite ville de Big City attend l'arrivée d'une
caravane de nouveaux immigrants. Hélas, la caravane est
attaquée en chemin par les Indiens, et tous les adultes
de Big City partent pour la défendre. Au matin, les
enfants de Big City se réveillent orphelins, avec pour
seule compagnie adulte un vieil alcoolique et le débile
du village. Le quatrième film de Djamel Bensalah,
après "Le Ciel, les oiseaux et... ta mère
", "Le Raid" et "Il était une fois dans l'Oued".
- "Le blues de l'Orient" documentaire de Florence
Strauss (France, 1H26). Qu'ont en commun Le Caire, Tel Aviv,
Beyrouth, Damas ou Alep ? Au-delà des conflits qui ont
agité ou agitent encore le Moyen-Orient, ces villes ont
un héritage en partage : la musique arabe classique. De
Paris, la cinéaste Florence Strauss remonte aux sources
de cet art immémorial tout en partant sur les traces de
son histoire personnelle en partie ignorée et occultée.
- "Chroniques de 2005" de Virgil Vernier (France,
1H24) avec Lila Pinell, Nico Mollard, Yoni Serruya.
L'histoire de Lila, Nico, Yoni, Justine et Guy, les destins
parallèles de trois garçons et deux filles
nés au début des années 80, cinq personnages
qui ont accepté de faire de leur vie un film. Quelque
part dans la région parisienne, ils veulent sortir de
leur chambre de bonne, de leur petit boulot, et croire
à l'amour absolu, à une vie plus forte.
- "Des chiens dans la neige" de Ann-Kristin Reyels
(Allemagne, 1H26, titre original: "Jagdhunde").
Noël approche. Henrik et Lars, son fils de 16 ans,
vivent dans une vieille ferme de l'Uckermark, dans le
nord-est de l'Allemagne. Nouveaux venus dans la région,
le père et le fils n'ont pas de contact avec les
autochtones et se parlent peu. Lars fait alors la
connaissance de Marie avec laquelle il se balade dans la
campagne que la neige rend magique.
- "Je suis un Cyborg" de Park Chan-Wook (Corée
du Sud, 1H45, titre original: "I'm a cyborg, but that's
OK") avec Lim Soo-Jung et Jung Ji-Hoon. Internée,
Young-goon est persuadée d'être un cyborg. Elle
refuse de s'alimenter préférant sucer des piles et
parler aux distributeurs automatiques. Il-Soon pense que
tout va bien ! Grâce à son pouvoir qui lui permet
de voler les qualités des gens qu'il observe, il est le
seul à la comprendre. En tombant fou amoureux d'elle,
il va tenter de la ramener à la réalité.
"Je suis un cyborg" a été
présenté à la Berlinale en 2007 où il a
reçu le Prix Alfred Bauer récompensant le film le
plus novateur de la sélection.
- "Petit à petit", programme de courts
métrages d'animation de Pierre-Luc Granjon, Uzi
Geffenblad, Lotta Geffenblad, Gun Jacobson (40 minutes). Des
courts métrages d'animation franco-suédois
destinés aux tout-petits, réalisés avec
différentes techniques originales d'animation.
