Grâce à Serge Bromberg, le cinéma muet nous parle encore

Serge Bromberg montre des négatifs de films, le 5 décembre 2007 dans ses bureaux à in Paris
© AFP - Martin Bureau
Déjà quinze ans qu'il
"restaure le spectateur": Serge Bromberg a
retrouvé l'âme du cinéma-concert avec Retour
de Flamme, un spectacle où il montre des films muets
rarissimes signés Méliès, Lumière,
Charlie Chaplin ou John Ford qui, sans lui, seraient
tombés en poussière.
Dimanche, Retour de Flamme fêtera son quinzième
anniversaire au théâtre du Trianon à Paris:
comme à son habitude, Serge Bromberg accompagnera avec
son piano et ses histoires la projection de ses
dernières trouvailles.
"J'aime bien dire que je +restaure le spectateur+... je
remets ces films au goût du jour avec une
présentation et une musique composées pour eux:
j'aime qu'ils soient encore là comme des films
vivants", dit cet ardent cinéphage et insatiable
collectionneur de 46 ans, rencontré dans ses bureaux.
"Je ramasse des films toute l'année et 99% sont
irregardables, mais il y en a toujours un qui est
extraordinaire et j'adore le partager", ajoute avec
fougue Serge Bromberg, en levant ses sourcils fournis.
Sa collection mêle burlesques, drames, dessins
animés, documentaires, serials, westerns, films
érotiques, pornographiques ou publicités... qui
font "tous partie de l'histoire du cinéma",
dit-il. On y trouve aussi "Baisers volés", un
montage de scènes de baisers censurées dans les
années 1920.
En 1985, il a fondé Lobster Films -où l'a rejoint
son complice Eric Lange- qui restaure des films inédits
retrouvés dans les brocantes et les greniers.
A ce jour, Lobster a sauvé de la destruction quelque
100.000 bobines de films, datant de 1895 aux années 60,
précieusement conservées dans "des stocks un
peu partout".
Interdite en 1953 car trop inflammable, la pellicule nitrate
utilisée jusque là se rétracte et se
décompose d'autant plus vite qu'elle a été
mal rincée et séchée après son développement.
"Cinquante pour cent des films d'avant la Seconde guerre
mondiale sont perdus", se désole Serge Bromberg,
par ailleurs producteur et, depuis dix ans, directeur
artistique du Festival du film d'animation d'Annecy.
Parmi ses derniers trésors: quinze heures de rushes de
"L'Enfer", un drame sur la jalousie avec Romy
Schneider tourné en 1964 par le cinéaste
Henri-George Clouzot, mais jamais achevé et jusque
là jalousement gardé par sa veuve Inès.
Quelques fragments seront dévoilés à
l'Auditorium du Louvre le dimanche 16 décembre, lors
d'une projection très attendue par les cinéphiles.
L'autre découverte majeure de l'année est le film
"Bardelys the magnificent" (1926) de King Vidor,
avec John Gilbert, l'un des plus recherchés de
l'histoire du cinéma.
Au fil des années, ce chasseur de bobines a souvent
acquis ses trésors auprès de particuliers qui
vidaient leur maison de famille: il se souvient de chaque
appel au téléphone et de l'excitation des
départs en camion au petit jour.
Aujourd'hui, Retour de Flamme sillonne la France: il sera
à l'Institut Lumière à Lyon le 19
décembre, à La Géode à Paris le 16
janvier et ouvrira le Festival du court-métrage de
Clermont-Ferrand le 1er février.
Chaque deuxième dimanche du mois, le cinéma
indépendant Le Balzac sur les Champs-Elysées
programme de désopilants petits films dans
"Pochette surprise", et offre une glace à
chaque spectateur.
Retour de Flamme part aussi dans les festivals à
l'étranger: il ira en Inde en février 2008, puis
à Bologne et Pordenone en Italie, ainsi qu'à San
Francisco et New York aux Etats-Unis.
Il se décline enfin en émission mensuelle sur la
chaîne CinéCinéma Classic, et en coffret DVD,
sur lequel on peut lire "Si vous trouvez de vieilles
bobines de films, n'hésitez pas à nous contacter
sur www.lobsterfilms.com
