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Les tours du monde du professeur Abbas Kiarostami

samedi 08 décembre

Le réalisateur iranien Abbas Kiarostami, le 23 janvier 2006 à Vincennes
© AFP - jean ayissi


Une
caméra, une idée, quelques heures pour en faire un
court-métrage: le réalisateur iranien Abbas
Kiarostami retrouve le plaisir "du cinéma des
origines" en encadrant, dans le monde entier, des
ateliers d'apprentis-cinéastes.

A Nice jusqu'au 16 décembre - comme à Barcelone,
New-York ou au Maroc ces derniers mois - Abbas Kiarostami,
67 ans, a posé ses valises parmi un groupe
d'étudiants et jeunes réalisateurs du sud-est de
la France sélectionnés pour travailler sous sa
houlette durant quinze jours.

Le chef de file du cinéma iranien, palme d'or à
Cannes pour "La goût de la cerise" en 1997, a
participé dans les années 70 à la
création et l'animation d'un département
cinéma à l'Institut pour le Développement
Intellectuel des Enfants et des Jeunes Adultes de Téhéran.

Depuis une douzaine d'années, c'est aux jeunes artistes
du monde entier qu'il s'adresse, autant par plaisir que par
nécessité créative: "Je participe au
moins à quatre ou cinq ateliers par an, d'une dizaine
de jours, et c'est chaque fois une source de bien-être
énorme. Je suis quelqu'un d'extrèmement impatient,
j'ai besoin de toujours faire quelque-chose de mon temps et
là où je me sens le mieux, c'est quand j'enseigne
à ces jeunes", a expliqué le cinéaste
à l'AFP.

"C'est évident que j'apprends moi-même autant
que j'enseigne, poursuit-il, mais ça va plus loin que
ça: je retourne aux origines même du cinéma,
dans une démarche pure où on n'a plus de souci de
vente, de promotion, de critique. On est juste là pour créer".

A Lavassan, au nord de Téhéran, le cinéaste a
mis en place un atelier similaire qui accueille
essentiellement des jeunes d'Iran ou des pays voisins.
Banafsheh Modaresi, Iranienne de 27 ans, a participé
à l'un d'eux dont elle garde un souvenir ébloui:
"Il s'agit moins d'apprendre des techniques que
d'exercer son regard, de s'exprimer", raconte la jeune
femme qui a retrouvé le réalisateur à Nice.

"Les étudiants qui suivent les cursus classiques de
cinéma savent mais ne peuvent pas, ils sont dans une
espèce de paralysie à faire des films. Je les
pousse à se lancer. Si ça ne marche pas, on jette
à la poubelle, ça n'a aucune importance. La
dimension sacrée du cinéma disparaît. On
s'engage avec appétit, sans appréhension. C'est le
principe même du cinéma, c'est celui des
frères Lumière", décrit Abbas Kiarostami.

Maxime Martins en 3e année à l'Ecole d'art de la
Villa Arson, qui accueille l'atelier niçois,
apprécie la démarche "plus proche d'un
plasticien que d'un cinéaste": "on part d'un
motif et on tourne, sans souci de script ou de scénario".

"Le cinéma que l'on travaille avec les
étudiants a coupé le cordon avec la
littérature, explique Kiarostami. C'est une tendance
que j'ai dans mes films et qui vient certainement de ma
pratique de la photographie. Une photo est bonne quand elle
parle d'elle-même, quand elle n'a pas besoin qu'on lui
insuffle de la fiction. Le cinéma doit procéder de
la même façon", explique le réalisateur.

Durant son séjour niçois, Abbas Kiarostami
s'éclipsera trois jours à Toulouse où
l'attendent des étudiants rencontrés lors de
différents ateliers à travers le monde.

Viendra ensuite le temps d'un nouveau tournage: il
réalise en Italie son premier film dans une autre
langue que la sienne, un film en français. "A mon
tour de réussir l'examen", résume-t-il.

Volet Féminin