Doris Lessing défend le livre menacé dans son discours de réception du Nobel

L'écrivain britannique Doris Lessing à Londres, le 11 octobre 2007
© AFP/Archives - Shaun Curry
L'écrivain britannique
Doris Lessing a prononcé vendredi un plaidoyer pour le
livre dans son discours de réception du Nobel de
littérature, opposant la soif de savoir des pays
pauvres et le manque d'intérêt des jeunes des pays
riches pour leur héritage culturel.
Souffrante, la romancière de 88 ans n'a pas pu se
déplacer à Stockholm pour faire ce discours devant
l'Académie suédoise et le texte intitulé,
"Comment ne pas gagner le prix Nobel", a
été lu par son éditeur britannique Nicholas Pearson.
"Nous possédons une mine -- un trésor - de
littérature (...). Tout est là, cette profusion
littéraire, prête à être sans cesse
redécouverte par quiconque a la chance de tomber
dessus. Un trésor. Imaginez qu'il n'ait jamais
existé. Comme nous serions vides, pauvres",
écrit Doris Lessing.

Nicholas Pearson, de l'éditeur Harper Collins, lit le discours de réception du Nobel de Doris Lessing (photo) à Stockholm, le 7 décembre 2007
© AFP/SCANPIX - Soren Andersson
Mais pour
l'écrivain, les jeunes gens d'aujourd'hui des
sociétés nanties ont perdu le goût du livre,
préférant l'internet et la télévision,
ce qui pour elle est une véritable nouvelle
"révolution" sur laquelle le monde ne
s'interroge pas suffisamment.
"Comment allons-nous, comment nos esprits vont-ils
évoluer avec la nouveauté Internet, qui a
séduit toute une génération pour la convertir
à ses inepties", se demande la romancière.
Par contraste, l'envie de littérature est
ominiprésente dans le tiers-monde, selon elle.
"C'est un phénomène stupéfiant, ce
désir de livres, et il se manifeste partout du Kenya au
cap de Bonne-Espérance", écrit Doris Lessing.
L'écrivain évoque surtout le Zimbabwe,
l'ex-Rhodésie où elle a grandie, montrant des
écoles misérables où les enseignants
"mendient des livres" malgré le
"régime de terreur instauré par Mugabe"
(Robert Mugabe, le président du pays, NDLR).
La romancière a conclu son discours à la
tonalité pessimiste sur l'espoir que le conteur
"sera toujours là, car ce sont nos imaginaires qui
nous modèlent, nous font vivre, nous créent, pour
le meilleur et pour le pire".
"C'est le conteur, le faiseur de rêves, le faiseur
de mythes, qui est notre phénix, dit encore Lessing, ce
que nous sommes au meilleur de nous-mêmes au plus fort
de notre créativité."
La remise officielle des Nobel a lieu lundi prochain à
Stockholm et à Oslo pour le Nobel de la paix.
