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Décès de Karlheinz Stockhausen, compositeur visionnaire, pionner de l'électronique

vendredi 07 décembre

Le compositeur allemand Karlheinz Stockhausen, à Amsterdam le 5 novembre 1982
© AFP/Archives -


Le
compositeur d'avant-garde allemand Karlheinz Stockhausen,
mort mercredi à l'âge de 79 ans, était un
pionnier de la musique électronique
célébré pour son inépuisable
inventivité mais à la personnalité controversée.

"C'est horrible, nous avions encore tant de projets en
commun", a dit à l'AFP Ulrich Iwanow le maire de
Kürten (Rhénanie du Nord-Westphalie, ouest de
l'Allemagne), où Stockhausen est mort "d'une
maladie grave mais courte", après y avoir vécu
"des dizaines d'années". Il sera enterré
jeudi prochain dans le cimetière local, dans la
forêt, selon son souhait.

Avant de décéder, Stockhausen a voulu transmettre
année après année, lors d'une semaine de
cours annuelle organisée à Kürten, son savoir
et sa soif d'exploration à une centaine de musiciens
triés sur le volet, venus du monde entier recueillir
les secrets du maître.

Auteur de pas moins de 362 oeuvres, dont certaines,
monumentales, figurent parmi les compositions majeures du
XXe siècle, Stockhausen s'est rendu célèbre
par ses expérimentations musicales sophistiquées
et ludiques à la fois.

Son travail se construit autour de la musique
électro-acoustique et la spatialisation du son.

Né le 22 août 1928 à Mödrath, près
de Cologne (ouest), cet élève d'Olivier Messiaen
compose entre 1954 et 1960 ses oeuvres majeures, dont le
génial Klavierstücke, une pièce pour piano
suivant le principe de la musique aléatoire.

Sur une feuille sont placées 19 cellules musicales de
façon irrégulière, l'interprète en
choisit une au hasard, par laquelle il commence, avant d'en
choisir une autre et ainsi de suite, selon des indications
précises de tempo, de nuance et d'attaque. Ainsi, la
pièce sera jouée d'une infinité de
manières et tous les sons seront exploités.

C'est à cette époque qu'il compose d'autres oeuvres
centrales de son art, "Gruppen", "Gesang der
Junglinge", "Mixture" ou encore "Mikrophonie".


Karlheinz Stockhausen (G) reçoit le Prix polaire de la musique des mains du roi de Suède Carl Gustaf XVI, le 14 mai 2001à Stockholm
© AFP/EPA/PRESSENS BILD/Archives - Henrik Montgomery


L'artiste
s'intéresse aussi au phénomène de la transe
dans les musiques orientales.

En 1966, il compose "Hymnen", qui s'inspire d'hymnes
nationaux du monde entier.

Dans les années soixantes, il crée son propre
ensemble et sillonne le monde pour semer son art dans les
salles les plus prestigieuses.

Sa personnalité contribua à sa notoriété.
Déroutant, Stockhausen l'était aussi dans ses
déclarations. "J'ai été élevé
sur la planète Sirius et je compte y retourner",
n'est que l'une de ses mémorables sorties mystiques.
Volontiers provocateur, il qualifie en 2001 les attentats du
11 septembre aux Etats-Unis de "la plus grande oeuvre
d'art qu'il y ait jamais eu dans le cosmos".

A la différence d'autre grands modernes, il n'a jamais
cessé d'évoluer. Pour ses 75 ans, sur demande du
festival de musique de Salzbourg, il met en scène
"Licht" ("Lumière"), un cycle
d'opéras de 29 heures, dont la composition
débutée en 1977 dura plus de vingt ans. L'artiste
fait intervenir quatre hélicoptères transportant
un quartett à cordes et tournoyant au-dessus de la
salle de concert.

Jusqu'à la fin, son imagination demeura
inépuisable. En 2005, il exécute dans la
cathédrale de Milan, Prima Ora, une partition au
contenu inouï.

Ses compositions d'avant 1970 sont éditées par
Universal Edition à Vienne, tandis que son travail
postérieur à cette date est édité par sa
propre maison de disques Stockhausen-Verlag.

De deux mariages, avec Doris puis Mary, il eut deux fils et
quatre filles.

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