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Avec Barenboïm et Chéreau, un "Tristan" de maîtres à la Scala

samedi 08 décembre

La Scala de Milan, pour la première de "Tristan et Isolde" de Wagner, dirigé par Daniel Barenboïm, le 7 décembre 2007
© AFP -


La Scala de
Milan a ouvert vendredi sa saison 2007-2008 avec un
"Tristan et Isolde" de Wagner attestant que
l'Israélien Daniel Barenboïm est bien le nouveau
"maestro" de la maison et le Français Patrice
Chéreau toujours un maître de la mise en
scène d'opéra.

La première de cette nouvelle production a donné
lieu, comme chaque 7 décembre (jour de la Saint
Ambroise, le patron de la ville), à un grand
défilé de personnalités, dont le ministre
italien de la Culture Francesco Rutelli et son homologue
française Christine Albanel.

Mais les yeux et les oreilles des mélomanes étaient
plutôt tournés vers la réalisation de
Barenboïm et Chéreau, qui présentent ensemble
ce "Tristan" jusqu'au 2 janvier à la Scala,
plus d'un quart de siècle après y avoir songé
pour la première fois.


Le chef d'orchestre Daniel Barenboïm lors d'une répétition à Salzbourg, le 13 août 2007
© AFP/Archives - K. Josch


Le metteur
en scène a préféré attendre l'âge
de la maturité (63 ans) pour aborder ce chef-d'oeuvre,
redoutant que cette deuxième incursion personnelle en
terre wagnérienne ne reste dans l'ombre de son mythique
"Ring" de Bayreuth (1976-1980). Il a bien fait de
patienter si l'on considère le résultat, qui
frappe par sa force tranquille, à même de mettre
en valeur la dramaturgie musicale de l'oeuvre sans jamais la
détourner de son cours.

Le rideau se lève, dans la brume, sur un décor
à la verticalité et à la monumentalité
impressionnantes: Richard Peduzzi, scénographe
attitré de Chéreau, a conçu une grande
embarcation d'aujourd'hui, métallique et rouillée,
qui fend un mur antique comme l'empire romain. Comme si
Tristan et Isolde n'étaient ni d'une terre ni d'une
époque particulières, mais deux figures
universelles à la dérive entre l'amour et la mort.

A l'acte II, le bateau a logiquement disparu mais pas le mur
romain, entouré de cyprès dont l'un projette une
belle ombre sur la tour de garde. Dans ce tableau nocturne
nimbé de superbes lumières froides, le metteur en
scène règle le fameux duo d'amour avec une saine
économie de gestes et de regards.

Le coup de théâtre guette: Tristan répond
à ses pulsions morbides en se jetant sur une lance, et
la parfaite adéquation entre ce qui se voit (la
scène) et ce qu'on entend (la fosse) glace les sangs
quand le plateau est subitement plongé dans le noir.


Le metteur en scène Patrice Chéreau, le 20 décembre 2006 à Madrid
© AFP/Archives - Pedro Armestre


Le drame
s'achève dans un port bétonné, avec sa
jetée et son escalier d'accès, où Tristan
livre son dernier souffle en un bouleversant
tête-à-tête avec Isolde: celle-ci a les
traits de la mezzo allemande Waltraud Meier, au vibrato
plein d'émotion, qui s'abandonne à une
mémorable "mort d'amour".

La distribution, dans l'ensemble, serait d'ailleurs prompte
à faire mentir les théoriciens de la crise du
chant wagnérien.

Le timbre d'argent du ténor britannique Ian Storey fait
le prix de son Tristan, tandis que la basse finlandaise
Matti Salminen compose un roi Marke (l'oncle de Tristan)
absolument souverain. La mezzo américaine Michelle
DeYoung (Brangäne, la suivante d'Isolde) et le baryton
allemand Gerd Grochowski (Kurwenal, l'écuyer de
Tristan) font eux des débuts remarqués à la Scala.

A 65 ans, Barenboïm, lui, n'en est pas à son
premier "Tristan" -- il a dirigé l'oeuvre
dès 1981 à Bayreuth et après 1992 à
Berlin -- et cela s'entend: sous sa direction très
dramatique, finement ciselée, l'Orchestre de la Scala
ne manque pas de charmes vénéneux ni de tendre séduction.

Sous une pluie de fleurs jetées des galeries hautes, le
public milanais a acclamé son nouveau "maestro
scaligero" (maestro de la Scala), désormais premier
chef invité de la maison sans le titre mais avec les
honneurs qui lui sont dus.

Volet Féminin