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Vaincre la mafia prendra une génération, prévoit le réalisateur de "Gomorra"

lundi 22 décembre

Le réalisateur italien du film "Gomorra", Matteo Garrone, le 5 octobre 2008 à New York
© AFP/Getty Images/Archives - Joe Corrigan

Le réalisateur italien du film "Gomorra", Matteo Garrone, sur la mafia napolitaine estime que le recours à l'armée pour lutter contre le crime organisé est voué à l'échec et que vaincre les mafiosi pourrait prendre une génération.

Matteo Garrone, dont le film est présenté par son pays aux Oscars de février dans la catégorie du film étranger, a affirmé à l'AFP que le déploiement de soldats dans la région de Naples (sud), récemment décidé par le gouvernement italien, constituait une mesure "superficielle".

Seul un travail de l'intérieur permettra de desserrer l'étau de la "Camorra", la mafia locale, sur la vie quotidienne des Napolitains et des habitants des régions voisines, a souligné le metteur en scène lors d'un entretien à Los Angeles.

"L'idée de faire intervenir l'armée pour combattre (les mafieux) me paraît superficielle. C'est bon pour l'image du gouvernement italien, mais cela ne résoudra pas le problème", dit-il.

"Il faut travailler de l'intérieur, créer une relation entre les citoyens et les institutions du pouvoir. La Camorra est très forte parce que (ses membres) vivent là, ont grandi là, sont proches des gens", explique M. Garrone.

Selon lui, déraciner le crime organisé "prendra peut-être une génération parce que les problèmes sont profonds: l'enseignement, le chômage..."

Présenté par l'Italie à l'Oscar 2009 du film en langue étrangère, décerné le 22 février à Hollywood, "Gomorra" a déjà été récompensé aux European Film Awards le 6 décembre, décrochant cinq trophées dont celui du meilleur film de l'année. En mai, il a obtenu le grand prix du festival de Cannes.

Ce film à l'esthétique de reportage de guerre, qui décrit minutieusement les rouages de la Camorra via cinq destins croisés, a à nouveau attiré l'attention sur la vie du journaliste Roberto Saviano, qui a écrit le livre dont le film a été adapté et vit sous protection policière depuis 2006.

Si M. Saviano a dit vouloir s'exiler en raison de menaces de la mafia, M. Garrone dit ne pas se sentir visé.

"Ma situation est différente de celle de Saviano parce qu'il a écrit un livre et révélé des noms", explique le réalisateur.

"Saviano est un journaliste. Il a attaqué le chef de la Camorra lorsqu'il a présenté le livre et il est devenu une sorte de symbole de la guerre contre la Camorra. Je suis un metteur en scène de cinéma. C'est un film sur la Camorra, pas pour ou contre la Camorra. Nous ne voulions pas porter de jugement", insiste-t-il.

M. Garrone révèle qu'il a changé de perspective sur le crime organisé et ses effets sur les gens ordinaires en tournant sur les lieux mêmes où la Camorra règne.

"Je pensais que c'était facile de comprendre ce phénomène, que c'était tout blanc ou tout noir. Mais ce n'est pas le cas. Les limites sont floues entre ceux qui font partie du système et le citoyen lambda", se rappelle-t-il.

"En grandissant là, on est influencé par le système. Personne ne vous force à rejoindre la Camorra, mais c'est très facile de le faire si c'est ce que vous voulez".

Le réalisateur a délibérément fui l'esthétique hollywoodienne de la Mafia, mais il a aussi voulu rendre hommage au genre lors de la sanglante scène d'ouverture, une fusillade dans un salon de bronzage.

"C'est une scène classique de films de gangsters, les meurtres chez le coiffeur", explique M. Garrone. "C'était une façon de la moderniser. Lorsque nous préparions le film, nous avions découvert que beaucoup de gens liés au système (mafieux) se rencontraient au salon de bronzage".

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