L'Hôtel Lambert, bijou parisien face à une restauration controversée

L'emir du Qatar, Sheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, le 29 novembre 2008 à Doha
© AFP - Marwan Naamani
Bijou posé à la proue de l'île Saint-Louis, l'Hôtel Lambert, édifié au XVIIème siècle et désormais propriété de la famille de l'émir du Qatar, risque d'être dénaturé par un projet de restauration, s'alarme la Commission du Vieux Paris, qui a alerté le maire Bertrand Delanoë.
Cette Commission consultative composée d'experts et d'élus a adopté jeudi "un voeu assez véhément qui s'oppose au projet de rénovation" de cet hôtel particulier cher au coeur des Parisiens, a indiqué vendredi à l'AFP Colombe Brossel, adjointe (PS) au maire en charge du patrimoine et présidente de cette commission.
Selon Le Monde, qui a révélé l'information dans son édition de samedi, "l'affaire est sensible" car cet hôtel particulier classé a été racheté en juillet 2007 par la famille de l'émir du Qatar, pays avec lequel la France entretient des relations "privilégiées".
Le nouveau propriétaire "veut transformer cet hôtel particulier de Louis Le Vau en résidence de grand luxe", déplore Claude Mignot, historien de l'architecture à la Sorbonne et membre de la commission.
Selon M. Mignot, le projet confié à Alain-Charles Perrot, architecte en chef des monuments historiques, prévoit un remplacement massif des menuiseries anciennes, un ajout d'ascenseur, des salles de bains pour chaque chambre mais aussi la création d'un parking avec accès sur le quai, ce qui suppose de rehausser le jardin. "Il y aurait une grave dénaturation de cet Hôtel, chef d'oeuvre de jeunesse de Louis Le Vau", considère l'historien.
Dans la mesure où il s'agit d'un monument historique classé, c'est au ministère de la Culture qu'il revient de donner son feu vert au projet de restauration. Pour sa part, la Ville de Paris a son mot à dire pour les aménagements extérieurs (parking, jardin) au regard des règles d'urbanisme.

La ministre de la Culture, Christine Albanel, le 25 novembre 2008
© AFP/Archives - Lionel Bonaventure
Au ministère de la Culture, on déclare "étudier favorablement le projet jusqu'à présent". "A ce stade, il nous semble que l'essentiel du caractère patrimonial de l'Hôtel Lambert est préservé", indique-t-on au cabinet de la ministre Christine Albanel. "Mais il ne s'agit pas d'une décision définitive", ajoute-t-on.
Le ministère a chargé un comité scientifique créé pour l'occasion et composé notamment d'universitaires et de spécialistes du patrimoine d'étudier le projet et de le faire progresser. L'ajout d'un quatrième ascenseur et la création d'un parking "font débat et constituent un vrai sujet", reconnaît le ministère. Mais il faut bien créer "un minimum de confort", souligne-t-on.
L'Hôtel Lambert, qui a appartenu pendant de longues années au baron Guy de Rothschild avant d'être vendu pour 80 millions d'euros l'an dernier, est l'un des "joyaux de Paris", relève Colombe Brossel qui a souhaité que sa rénovation soit examinée par la Commission du Vieux Paris.
L'adjointe au maire en charge du patrimoine juge "étonnante" la façon dont le ministère de la Culture a procédé, "en créant ce comité scientifique ad hoc au lieu de saisir la Commission nationale des monuments historiques", généralement consultée dans ce genre de cas.
Au ministère, on met en avant la qualité des experts du comité scientifique mais on ajoute que l'"on se réserve la possibilité de consulter la Commission nationale des monuments historiques".
Le ministère affirme que la nature des nouveaux propriétaires de l'Hôtel Lambert n'entre "pas en ligne de compte" dans sa façon de gérer l'affaire: "on traite ce dossier comme un autre".
