Début de construction d'un mémorial aux Sinti et Roms tués sous le nazisme

Bernd Neumann (g) et le maire de Berlin, Klaus Wowereit, le 19 décembre 2008
© AFP/DDP - Axel Schmidt
Après des années de querelle sémantique, la première pierre d'un monument à la mémoire des quelque 250.000 à 500.000 Sinti et Roms assassinés par les nazis en Europe a été posée à Berlin vendredi.
Symboliquement, les travaux débutent quelques jours après le 66e anniversaire de la signature, par le chef des SS Heinrich Himmler, d'un ordre de déportation des Tsiganes de onze pays d'Europe.
"Dans l'Europe occupée par les nazis, des crimes effroyables ont été commis contre les Sinti et Roms (...) Ils ont été déchus de leurs droits, humiliés et isolés, déportés et soumis à des expérimentations médicales", a souligné le ministre de la Culture, Bernd Naumann.
Dans le parc central de la capitale, face au Reichstag, le mémorial conçu par l'artiste israélien Dani Karavan sera constitué d'un puits rempli d'eau sombre. Il portera un poème de l'Italien Santino Spinelli, intitulé "Auschwitz": "Visage effondré/Yeux éteints/Lèvres froides/Silence/Un coeur déchiré/Sans souffle/Sans mots/Pas de larmes".
Pendant la Seconde guerre mondiale, entre 250.000 et 500.000 sur les quelque 700.000 Tsiganes que comptait l'Europe ont été exterminés.
La décision du gouvernement allemand de construire ce monument, d'un coût de deux millions d'euros, remonte à 1992.
Mais la réalisation a été retardée par une bagarre sans fin en raison d'une querelle sémantique: le président du Conseil central des Sinti et Roms allemands Romani Rose souhaitait que le mémorial mentionne les "Sinti et Roms", au lieu du mot "Tsigane" employé depuis 500 ans mais qu'il considère comme péjoratif.
A l'inverse, la présidente de l'Alliance Sinti Natascha Winter tenait, elle, au terme "Tsigane".
Finalement, les protagonistes ont tranché: chacun sera libre d'utiliser le terme "Sinti et Roms" pour désigner le mémorial, mais sur le monument même les victimes devront être définies comme le groupe ayant été poursuivi en tant que "Tsiganes".
