Devant 6.000 fans, Tiken Jah Fakoly fête son retour en Côte d'Ivoire

Le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly, en concert à Treichville, un quartier d'Abidjan, le 8 décembre 2007
© AFP - Kambou Sia
Attendu avec
ferveur par quelque 6.000 fans, le chanteur ivoirien Tiken
Jah Fakoly, star internationale du reggae, est monté
sur scène samedi soir pour chanter "l'unité et
la réconciliation" de la Côte d'Ivoire
après cinq années d'exil volontaire.
Pour la première apparition publique de son idole,
Mohamed Sayegh, 18 ans, a attendu des heures avec ses
copains pour accéder au concert, organisé dans le
Parc des sports de Treichville, un quartier populaire d'Abidjan.
"Une occasion pareille, on ne peut pas la rater. On aime
trop Tiken Jah", lâche-t-il, exhibant
fièrement son tee-shirt floqué d'un portrait de
Bob Marley.
"Ca fait tellement longtemps!", s'exclame Mohamed,
venu voir Tiken Jah "en direct" et surtout
écouter en live "Ouvrez les frontières",
l'un des titres phare de son dernier album: "l'Africain".
Son copain Mounzer Muhieddine, 18 ans aussi, explique
être venu "soutenir" son musicien
préféré et communier avec d'autres fans de
reggae, "la meilleure musique au monde".
Peu après la tentative de coup d'Etat contre le
président Laurent Gbagbo, en septembre 2002, Tiken Jah
quitte Abidjan, se sentant menacé par le pouvoir en
raison de ses violentes critiques à l'encontre du
système politique.
Aujourd'hui, à la faveur d'un accord de paix signé
en mars entre les anciens frères ennemis, le chanteur
reggae explique vouloir revenir au pays et apporter sa
contribution au processus de paix en remontant sur scène.
Beaucoup de fans admirent d'ailleurs Tiken Jah Fakoly pour
ses prises de position et veulent, comme Lassina Tall, 26
ans, assister au "concert de la réconciliation".
"Il a eu raison de quitter le pays et si aujourd'hui il
est revenu, nous devons lui dire que nous sommes avec
lui", souligne Lassina qui espère entendre ce soir
la chanson "Tata".
"J'aime cette chanson parce que ça prouve qu'il
n'est pas seulement dans la politique mais qu'il chante
aussi l'amour", dit-il en serrant sa petite amie.
D'autres, comme Benoît Tall, la trentaine, veulent
entendre le nouveau son de l'artiste, un mélange de
reggae +roots+ et de rythmes manding, une musique du nord de
la Côte d'Ivoire, d'où est originaire Tiken Jah.
Certains fans viennent de loin pour assister au concert,
comme David Osamuyi, 34 ans, un habitant de Korhogo, la
grande ville de l'extrême nord, une zone encore sous
contrôle de l'ancienne rébellion.
Un second concert de la réconciliation est d'ailleurs
prévu le 15 décembre à Bouaké, fief des
ex-rebelles: "Je ne pouvais pas attendre plus
longtemps", commente David.
A l'intérieur du parc des sports, quelque 3.000
personnes vibraient déjà dans l'après-midi au
son d'artistes locaux et de quelques têtes d'affiche
comme Fadal Dey, Kajeem, Beta Simon et Ismaël Isaac.
Dans la foule, plusieurs jeunes filles, à l'image de
Carine et Roxane Sey, deux soeurs âgées de 24 et
25 ans, esquissent des pas de danse non loin de la loge de Tiken.
"Tiken Jah est trop véridique (dans ses chansons) et
j'aime sa voix", explique la plus jeune.
L'hystérie s'empare de la foule lorsque Tiken finit par
faire son apparition peu avant 20H00 (GMT et locales), alors
qu'il était annoncé vers 17H00.
Vêtu d'un grand boubou blanc sur lequel est cousu une
carte d'Afrique, le +reggae man+ entonne successivement
"Africa United" et "Justice", repris en
choeur par le public, avant d'appeler dans un bref message
ses "frères et soeurs à se réconcilier et
à se pardonner".
