L'ancien ghetto juif de Terezin veut échapper au destin de ville fantôme

Les baraquements militaires de Terezin, en République tchèque, photographiés le 24 février 2005
© AFP/Archives - Michal Cizek
Lourdement marquée par son histoire, la forteresse tchèque de Terezin qui abrita un ghetto juif pendant l'occupation nazie puis une garnison géante de l'armée communiste, se cherche un avenir pour échapper à son destin de ville-fantôme.
"Ce serait bien d'avoir une baguette magique. Mais ce n'est pas le cas, il y a donc un très long chemin devant nous", sourit tristement le secrétaire municipal Miloslav Kubicek.
Depuis le départ en 1997 de l'armée tchèque qui s'était installée là après la Seconde guerre mondiale, le nombre d'habitants s'est réduit de 7.000 à 2.000, pour la plupart des retraités, le chômage a augmenté, le pouvoir d'achat a baissé.
Jusqu'à présent, tous les projets visant à insuffler une nouvelle vie à l'ancienne Theresienstadt, fondée par l'empereur autrichien Joseph II (1741-1790) à 60 km au nord de Prague et baptisée en l'honneur de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse (1717-1780), ont échoué.
Le dernier projet en date, l'ambitieux "Europrojekt" qui visait à créer un campus universitaire pour un coût de 13 milliards de couronnes (513 millions d'euros), est resté dans les cartons.
"Cette vision était complètement irréaliste, à cause de son coût énorme et, en plus, aucune école supérieure ne soutenait cette délocalisation", à commencer par la très prestigieuse Université Charles de Prague, explique M. Kubicek sans cacher son amertume.
Hors saison, rares sont les touristes qui font le trajet pour visiter le très émouvant mémorial rappelant le sort des quelque 140.000 Juifs regroupés en 1941-1945 dans ce que les nazis présentaient comme un "ghetto modèle". Quelque 35.000 hommes, femmes et enfants y moururent à cause des conditions sanitaires, quelque 87.000 périrent après déportation à Auschwitz-Birkenau.
Dans la ville forteresse aux rues tracées au cordeau, les anciennes casernes et autres bâtiments à vocation militaire se délabrent, les plafonds s'effondrent, les façades s'effritent. L'entretien des grands immeubles vides avale une bonne partie du modeste budget municipal.
"On ne se résigne pas", assure la maire Ruzena Cechova qui veut rendre sa ville plus agréable pour ses habitants et plus attrayante pour les visiteurs.
Parmi les projets figurent la création d'un musée d'artillerie et la délocalisation partielle des archives du Musée de la Littérature nationale de Prague.
Surtout, la nouvelle municipalité espère faire inscrire Terezin au patrimoine mondial de l'UNESCO, pour attirer plus de visiteurs et prolonger le temps de séjour. Actuellement, la plupart des 250.000 touristes qui viennent chaque année restent seulement quelques heures.
La candidature sera présentée en 2010 à l'UNESCO, autour de la valeur architecturale de la forteresse, "exemple par excellence" des fortifications de type Vauban, selon le secrétaire municipal.
"Nous voulons montrer qu'il y a encore un autre Terezin que celui lié à son histoire triste", explique-t-il. Selon lui, "il y a un grand potentiel touristique, il faut en profiter".
En cette journée ensoleillée de novembre, seul un petit groupe de retraités se promène à pas lents dans les feuilles mortes sur l'immense "Place de l'Armée tchécoslovaque".
A quelques pas, la salle du modeste restaurant "Parkhotel Terezin" est à moitié vide. "Il ne se passe rien ici. Pour sortir le soir, il faut aller à Litomerice", la ville voisine, regrette la jeune serveuse.
