Les films de la semaine: Bob Dylan, Lucky Luke et l'austérité des mennonites

Scène de "I'm not there" de Todd Haynes
© Diaphana Films -
Un intrigant
portrait de Bob Dylan en forme de kaléidoscope,
"I'm not there" de Todd Haynes, la première
aventure de Lucky Luke sur grand écran, "Tous
à l'Ouest", et une plongée dans l'univers
austère des mennonites "Lumière
silencieuse", sont à l'affiche cette semaine.
- "I'm not there" de Todd Haynes (Etats-Unis, 2H15)
avec Christian Bale, Cate Blanchett, Marcus Carl Franklin,
Richard Gere, Charlotte Gainsbourg. Intrigant et virtuose,
le dernier film de l'Américain Todd Haynes, deux fois
primé au dernier Festival de Venise, évoque la vie
de l'icône pop Bob Dylan, avec un parti pris original:
l'incarner sous les traits de six comédiens
différents, dont une femme. Dylan, qui n'apparaît
jamais sous son propre nom, est d'abord dans les années
50 un petit orphelin noir en fuite, qui compose de
poignantes chansons, puis un Arthur Rimbaud hirsute
interrogé face à la caméra, par la police.
Suivent un musicien égoïste qui, dans les
années 70, néglige l'amour de sa femme, un
ex-chanteur devenu prêcheur dans les années 80 et
en guise d'épilogue, un solitaire qui vit dans une
forêt. Mais les scènes les plus marquantes de ce
film-kaléidoscope sont celles où une Cate
Blanchett androgyne prête ses traits à Dylan, dans
une reconstitution psychédélique en noir et blanc
des années 60. "I'm not there" explore ainsi
les multiples facettes d'un artiste aussi doué
qu'insaisissable. Incroyablement riche, la bande originale
comprend des reprises enregistrées spécialement
par une pléiade d'artistes tels qu'Eddie Vedder, le
chanteur de Pearl Jam, Tom Verlaine de Television, Karen O,
Sonic Youth, Jack Johnson, Sufjan Stevens... "I'm not
there" passe constamment d'un personnage, d'une
époque et d'une photographie, d'un genre -
documentaire, fiction, émission télé - à
l'autre avec une fluidité, une fantaisie et une
créativité visuelle inouïes et évoque
avec humour et au second degré, quatre décennies
de l'histoire des Etats-Unis.
- "Tous à l'Ouest : Une aventure de Lucky Luke",
film d'animation d'Olivier Jean-Marie (France, 1H30). Dans
une salle de tribunal de New York en 1855, les frères
Dalton, qui doivent être jugés, parviennent à
s'évader et reprennent illico leur activité
favorite: le pillage de banques. Avant d'être
arrêté par Lucky Luke qui les a pris en chasse
depuis le tribunal, l'astucieux Joe Dalton planque son magot
dans le chariot d'une caravane d'immigrants en partance pour
la Californie. Craignant d'être escroqués par le
spéculateur qui leur a vendu des terrains à
l'Ouest du pays, les immigrants demandent au
célèbre cow boy solitaire de les y conduire :
commence alors un périple à travers les Etats-Unis
où Luke s'acquitte de sa mission, tout en escortant les
Dalton vers un pénitencier. Au-delà de quelques
trouvailles visuelles - notamment une course-poursuite avec
la police new-yorkaise aux décors joliment graphiques
-, "Tous à l'Ouest" pâtit d'un rythme
frénétique et d'une animation saccadée, qui
manque de finesse.

Scène de "Tous à l'Ouest : Une aventure de Lucky Luke", film d'animation d'Olivier Jean-Marie
© Xilam Films -
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"Lumière silencieuse" de Carlos Reygadas
(Mexique, 2H22, titre original : "Stellet Licht")
avec Cornelio Wall, Miriam Toews, Maria Pankratz.
Stabilité sociale ou passion amoureuse ? Ce dilemme est
au centre du dernier film du Mexicain Carlos Reygadas, qui
souligne l'universalité de ce thème bien que
l'action se déroule au sein d'une communauté
religieuse très particulière, les mennonites.
Johan, père de famille nombreuse, est tiraillé
entre son mariage avec Esther et sa passion pour Marianne.
"L'adultère est partout, dans toutes les
communautés, sociétés, cultures. Je ne pense
pas que le personnage soit confronté à son
problème à cause de la religion", avait
souligné Reygadas au dernier Festival de Cannes,
où "Lumière silencieuse" a remporté
ex aequo avec "Persepolis" le Prix du jury.
Admirateur du Russe Andrei Tarkovski, Reygadas prend tout
son temps pour développer son récit, à
travers une succession de longs plans. On peut déplorer
la longueur excessive du film ainsi qu'une fin mystique qui
n'est pas à la hauteur du reste de l'oeuvre. En
revanche, le talent de réalisateur du Mexicain est
incontestable et certaines scènes naturalistes à
la Terrence Malick sont d'une beauté à couper le
souffle, comme par exemple la séquence où Johan
lave ses enfants.
- "Rue Santa Fe", documentaire de Carmen Castillo
(France, Chili, 2H40, titre original : "Calle Santa
Fe"). Compagne d'un leader de l'extrême gauche
chilienne abattu au début de la dictature d'Augusto
Pinochet, Carmen Castillo a tourné un film
émouvant, à mi-chemin entre le document historique
et le vibrant journal d'une femme de convictions. Après
le coup d'Etat militaire du 11 septembre 1973 et
l'assassinat du président Salvador Allende, la jeune
historienne et militante du Mouvement de la gauche
révolutionnaire (MIR) se cache à Santiago pour
échapper à la brutale répression qui s'abat
sur le pays. Pendant dix mois, elle vit clandestinement dans
une maison de la rue Santa Fe avec Miguel Enriquez, jeune
médecin imprégné d'idéaux de justice
sociale, fondateur du MIR. Le 5 octobre 1974 la maison est
prise d'assaut, Miguel Enriquez est abattu. Expulsée,
Carmen Castillo s'installe en France. Il est beaucoup
question d'exil, synonyme de nostalgie amère et de
douleur jamais apaisée, dans "Rue Santa Fe",
mais le film est aussi une poignante réflexion sur
l'engagement politique et ses sacrifices, ainsi qu'un
document brut sur l'histoire de la gauche au Chili. "Rue
Santa Fe" faisait partie de la sélection officielle
au dernier Festival de Cannes, dans la section Un Certain Regard.
- "Le Chaos" de Youssef Chahine et Khaled Youssef
(Egypte, 2H04, titre original : "Heya Fawda") avec
Khaled Saleh, Mena Shalaby. Choubra, quartier cosmopolite du
Caire. Hatem, policier véreux tient le quartier d'une
main de fer. Tous les habitants le craignent et le
détestent. Seule Nour, jeune femme dont il convoite les
faveurs, ose lui tenir tête. Mais Nour est
secrètement amoureuse de Cherif, l'intègre
substitut du procureur. Fou de jalousie, Hatem s'interpose.
Il harcèle Nour et transforme sa vie en enfer. Une
curieuse comédie sentimentale aux allures de soap opera
oriental, sur fond de dénonciation politique, qui
était en compétition pour le Lion d'or à la
dernière Mostra de Venise.

Scène de "L'Auberge rouge" de Gérard Krawczyk
© Warner Bros -
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"L'Auberge rouge" de Gérard Krawczyk (France,
1H35) avec Christian Clavier, Josiane Balasko, Gérard
Jugno. Tourné principalement en studios, dans des
décors d'aspect carton-pâte, "L'Auberge
rouge" reprend l'intrigue du film en noir et blanc
réalisé en 1951 par Claude Autant-Lara,
inspiré d'un sanglant fait divers survenu en
Ardèche dans les années 1830. Dans la version
2007, Martin alias Christian Clavier et Rose, jouée par
Josiane Balasko, gèrent la sinistre auberge du
Croûteux, perdue dans les Pyrénées. Sans
scrupules, tous deux n'hésitent pas à
détrousser les voyageurs isolés qu'ils font
assassiner par leur fils sourd-muet Violet. Un soir de
tempête, une diligence trouve refuge à l'auberge.
Débarquent le père Carnus qui conduit un jeune
novice dans un monastère et une demi-douzaine d'autres
voyageurs, que les aubergistes envisagent alors
d'assassiner. Taraudée par sa conscience, Rose avoue
ses crimes à Carnus qui n'a de cesse d'avertir ses
infortunés compagnons, sans rompre le secret de la
confession. Ce remake épaissit le trait et atténue
le côté inquiétant de la fable cynique d'Autant-Lara.
- "Comme des voleurs" de Lionel Baier (Suisse, 1H52)
avec Alicja Bachleda-Curus, Stéphane Bentznik. Un
couple s'enfonce dans la nuit au volant d'une voiture
"empruntée" à la Radio Suisse, comme des
voleurs. C'est Lucie et son frère Lionel, enfants d'un
pasteur vaudois, et potentiellement descendants directs
d'une famille polonaise. Mais rien n'est moins sûr. Ce
qui est sûr, c'est la course-poursuite en Slovaquie,
les usines désaffectées de Silésie, la
voiture volée, le mariage blanc, l'étudiant de
Cracovie, les faux passeports et les vrais ennuis.
- "Cow-boy" de Benoît Mariage (France, 1H36)
avec Benoît Poelvoorde, François Damiens, Gilbert
Melki, Julie Depardieu. Daniel Piron a le blues. Son couple
est monotone, ses idéaux se sont envolés, son
travail de journaliste est une farce. La seule idée qui
le galvanise encore est de retrouver et de filmer Tony
Sacchi, héros révolutionnaire de sa jeunesse. Mais
Sacchi est devenu un gigolo cynique.
- "A la croisée
des mondes" de Chris Weitz (Etats-Unis,
2H00) avec Nicole Kidman, Daniel Craig, Eva
Green. Lyra, 12 ans, est une orpheline rebelle qui vit
à Jordan College, dans un monde parallèle qui
ressemble au nôtre. Elle a pour compagnon Pantalaimon,
un être capable de prendre de nombreuses formes
animales. Le gouvernement resserre son emprise sur le peuple
et fait enlever des enfants pour pratiquer sur eux
d'abominables expériences. "A la croisée des
mondes: la boussole d'or" est le premier volet de
l'adaptation de la série de romans du Britannique
Philip Pullman, "Les Royaumes du Nord".
- "Kézako ?" d'Eric Blesin, Arthur de Pins,
Catherine Buflat, Jean-Luc Greco, Samuel Tourneux, Sylvie
Gérard et Geoffroy de Crecy (France, 1H10). Six courts
métrages d'animation humoristiques et inventifs,
"Histoire à la gomme", "La Révolution
des crabes", "La Sacoche perdue", "Même
les pigeons vont au paradis", "Yaourts
mystiques", "Dog days".
- "On dirait que...", documentaire de Françoise
Marie (France, 1H22). Plutôt que de jouer aux cow-boys
et aux indiens, des enfants de 8 à 13 ans, fils et
filles de médecins, d'agriculteurs, de gendarmes ou
d'épiciers jouent devant la caméra au métier
de leurs parents. Rien n'est écrit, ni
répété, ils improvisent et représentent
ainsi le monde tel qu'ils le comprennent ou le devinent.
- "Tchou tchou", cinq courts métrages
d'animation de Co Hoedeman, Janet Perlman, Gayle Thomas,
Louise Johnson et Cordell Barker (Canada, 48 minutes). Cinq
films d'animation canadiens pour les tout-petits:
"Tchou-Tchou", "Dîner intime", "Le
Petit garçon et l'oie des neiges", "Et la
poussière retombe", "Le Chat colla".
- "24 mesures" de Jalil Lespert (France, 1H30) avec
Benoît Magimel, Sami Bouajila, Lubna Azabal,
Bérangère Allaux. Helly Didier, Marie et Chris:
quatre jeunes gens que tout semble séparer. Leurs
destins vont brutalement se croiser un 24 décembre, au
cours d'une nuit blanche qui fera basculer leurs vies.
"24 mesures" a été présenté dans
le cadre de la sélection de la Semaine de la critique
au dernier Festival de Venise.
