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Canada: controverse sur l'abolition de subventions à la culture

© 2008 AFP - vendredi 15 août

Stephen Harper le 22 avril 2008 à la Nouvelle-Orléans
© AFP/Archives - Saul Loeb

Le gouvernement conservateur a aboli cette semaine un chapelet de programmes culturels visant entre autres à assurer le rayonnement des artistes canadiens à l'étranger, une mesure qui suscite l'indignation de l'opposition et des milieux artistiques.

Le gouvernement du Premier ministre conservateur Stephen Harper a supprimé sept programmes culturels dont "PromArt", qui finance des tournées d'artistes canadiens à l'étranger, et "Routes Commerciales" qui soutient les entreprises culturelles souhaitant exporter à l'étranger.

La maison de production Ex Machina du metteur en scène Robert Lepage et les Grands ballets canadiens, qui se produisent actuellement au Grand Palais, à Paris, bénéficient de ces subsides qui ont aussi servi au Cirque du Soleil à ses débuts.

Le gouvernement a communiqué ces mesures sur internet sans faire d'annonces officielles et n'a pas justifié ces coupures, estimées à 23 millions de dollars, autrement que par son objectif de réévaluer le rendement économique de ses programmes culturels.

Les conservateurs seraient en fait hostiles à l'idée de financer des artistes jugés "radicaux", selon certains membres du parti.

"Les Canadiens veulent être à l'aise avec les artistes qui les représentent à l'international. Ils ne veulent pas financer des voyages tous frais payés à des célébrités ou encore à des marginaux", a confié au quotidien Le Devoir, une source conservatrice.


Robert Lepage le 29 avril 2007 à Thessalonique (Grèce)
© AFP - Sakis Mitrolidis

Un groupe rock baptisé "Holy Fuck" et le documentariste Ali Lewis, époux de l'intellectuelle de gauche Naomi Klein, célèbre pour son livre +No Logo+, une critique radicale de la mondialisation économique, ont été subventionnés par un des programmes abolis.

L'opposition a vilipendé le gouvernement pour ces coupures qu'elle juge idéologiques. "Ce gouvernement est contre la culture", a vitupéré le député libéral Denis Coderre sur un ton électoraliste alors que la perspective d'élections législatives à l'automne semble de plus en plus probable.

"Ils sont contre la diffusion de la culture parce qu'il y a le mot +fuck+, ils ne veulent pas donner de l'argent à une personne parce qu'on dit qu'elle est de gauche..." a-t-il déclaré.

"Je ne peux accepter que pour des motifs idéologiques on coupe, pour faire des économies de 23 millions de dollars, des programmes jugés performants dans le passé par l'administration conservatrice", s'est offusqué Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, représentant des indépendantistes québécois au parlement canadien.

Les conservateurs avaient déjà provoqué une levée de boucliers dans les milieux artistiques avec un projet de loi controversé visant à priver de subventions publiques des films ou émissions de télévision jugés "contraires à l'ordre public".


Naomi Klein (g) et Avi Lewis (d) le 17 mars 2005 à Rome
© AFP/Archives - Tiziana Fabi

Le programme "PromArt" permettait de financer "une partie de la perte" d'une tournée à l'étranger si elle était déficitaire, explique à l'AFP, Jean-Pierre Vézina, vice-président aux Finances de Ex Machina qui juge "incompréhensible" la décision du gouvernement.

"Je ne crois pas que ce soit uniquement pour des raisons financières, le gouvernement canadien fait des excédents astronomiques", dit-il.

La ministre du Patrimoine Josée Verner s'est défendue en affirmant envisager "d'autres options" au programme de soutien des artistes canadiens à l'étranger.

"Nous voulons être en mesure d'aider véritablement à un plus grand rayonnement à l'étranger avec des moyens qui sont conformes aux nouvelles réalités", a-t-elle déclaré au journal La Presse sans toutefois préciser ses intentions.