"Babylon AD", gros bras et gros budget, petits effets

Mathieu Kassovitz au festival de Cannes, le 20 mai 2008
© AFP/Archives - Anne-Christine Poujoulat
Avec "Babylon AD", Mathieu Kassovitz a voulu satisfaire ses producteurs américains et européens en réalisant un film d'action qui donne à réfléchir, mais les prétentions métaphysiques de l'oeuvre risquent de laisser les penseurs de marbre.
Le Français avait donné en 1995 avec "La Haine" un bel exemple de liberté formelle et de ton. Ses détracteurs lui reprochent de s'être depuis fourvoyé en réalisant des adaptations et des commandes. En témoignent "Les Rivières pourpres", et plus encore "Gothika" et "Catwoman", éreintés par la critique.
Rien dans "Babylon AD", adaptation du "Babylon Babies" de Mauric G. Dantec, et coproduction euro-américaine, ne laisse supposer que l'accueil du public et de la critique sera plus clément, en dépit d'un budget d'une soixantaine millions de dollars.
L'histoire se déroule dans un futur proche, ravagé par des guerres multiples, où prévaut la loi du plus fort, un environnement dans le ton "Dantec". Le mercenaire Toorop (Vin Diesel, "le dernier gros bras des Etats-Unis", dixit le réalisateur) est approché par Gorsky (Gérard Depardieu), un seigneur de la guerre, pour escorter la jeune Aurora (Mélanie Thierry) de Russie en Amérique.
Aurora porte en fait dans son ventre un organisme de nature mutante, qui suscite les convoitises de factions rivales, dont une secte religieuse. Le nom choisi par les scénaristes pour Aurora évoque de façon transparente la renaissance du genre humain grâce aux mutations génétiques, thème cher à Dantec.
L'héroïne du livre s'appelait Marie, ce que Kassovitz trouvait "trop évident".
Le film enfile les scènes d'action, sans grande inspiration: combat dans une cage, scène dans un sous-marin, course poursuite en moto-neige, fusillade de grande échelle entre tous les clans.
Les méchants sont particulièrement grotesques. Mention spéciale à Gérard Depardieu: son accent "russe" est si artificiel qu'il ne parvient pas à le reproduire de l'une à l'autre des deux scènes qu'il joue.
Quant à Lambert Wilson, à qui est dévolu un rôle de savant fou, il est discrédité en une seule scène: les scénaristes ne craignent pas de le montrer jouant seul aux échecs, comme tout grand méchant machiavélique qui se respecte.
La direction artistique est elle-même plutôt floue, et le "message", emprunté à Dantec apparaît passablement simplifié, même si Kassovitz cite comme référence de film métaphysique le mythique "Blade Runner".
"Le sujet de la religion a très vite été abordé avec les (producteurs) américains car ensemble on voulait éluder pas mal de chose", confesse Kassovitz dans ses notes de production.
