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"Gomorra", sidérante plongée dans le glauque quotidien de la mafia de Naples

© 2008 AFP - mardi 12 août

L'affiche du film Gomorra
© afp.com -

Adapté d'un livre-enquête best-seller, "Gomorra", qui dépeint le glauque quotidien de la mafia napolitaine, sort mercredi en France après avoir décroché le Grand prix du jury au Festival de Cannes, et drainé quelque deux millions de spectateurs dans les salles de la péninsule.

Ecrit en 2006 par Roberto Saviano, un journaliste alors âgé de 26 ans qui a grandi à Naples, le livre éponyme décrit minutieusement le business criminel du "système" Camorra, la mafia napolitaine.

Vendue à plus d'un million d'exemplaires en Italie, cette sidérante chronique a valu à son auteur des menaces de mort et une escorte policière.

Pour mettre en lumière les multiples activités crapuleuses de la Camorra - construction, gestion de déchets toxiques, contrefaçon, racket, trafic d'armes et de drogue... - le cinéaste Matteo Garrone, qui a participé à l'écriture du scénario avec Roberto Saviano, a choisi d'évoquer quelques destins croisés.

Fascinés par la mythologie mafieuse des films de Scorsese, les jeunes Marco (Marco Macor) et Ciro (Ciro Petrone), à peine sortis de l'adolescence, narguent le parrain local en lui dérobant des armes pour commettre quelques larcins.

Inconscients du danger, ils pensent pouvoir continuer impunément.

Homme d'affaires en apparence respectable, Franco (Toni Servillo) s'est enrichi dans la "gestion" des déchets toxiques : il paie les paysans de Campanie afin d'enfouir dans leurs terrains des rejets industriels polluants, - avec pour conséquences, contamination des sites et forte hausse des cancers.

Il "forme" Roberto (Carmine Paternoster) un jeune diplômé issu d'un milieu populaire, tiraillé entre son désir d'ascension sociale et sa conscience.

Enfin, Pasquale (Salvatore Cantalupo) un tailleur réputé, au service des plus grands couturiers - mais au noir et pour un maigre salaire -, se voit proposer, par un concurrent chinois, de fortes sommes pour former des ouvriers.

Appâté par le gain, Pasquale sous-estime le danger de l'entreprise.

Tourné dans le quartier de Scampia, bastion de la Camorra, avec des acteurs en majorité non-professionnels, "Gomorra" décrit efficacement, dans une atmosphère crépusculaire, une Italie où économie réelle et parallèle se confondent en une vaste zone grise.

Avec son esthétique réaliste, inspirée des reportages de guerre, le film est aux antipodes du "folklore" des fictions consacrées à la mafia, selon le voeu de Matteo Garrone, mais aussi du film de "dénonciation".

"Ce n'est pas un film +contre+ la Camorra mais un film +sur+ elle", a-t-il expliqué dans un entretien à l'AFP peu avant la sortie du film en France.

"J'ai voulu montrer la Camorra de l'intérieur, avec ses mécanismes, montrer comment on tombe dans cet engrenage, et cette zone indécise où le Bien et le Mal se confondent", a-t-il précisé.

"C'est aussi une métaphore de problèmes qui ne concernent pas seulement l'Italie, mais le monde entier: la violence, la drogue, le travail au noir", a estimé Matteo Garrone.

Avec le prix du jury décerné à l'autre film italien en compétition "Il Divo" de Paolo Sorrentino, le sacre de "Gomorra" a marqué le grand retour du cinéma italien à Cannes, sept ans après la Palme d'or remportée par Nanni Moretti pour "La chambre du fils".

Sorti en mai, le film de Matteo Garrone a remporté un grand succès autant critique que public dans son pays, où il a rapporté quelque dix millions d'euros de recettes, selon son auteur.