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Le compositeur Pierre Henry ouvre sa "maison de sons" au public

© 2008 AFP - mardi 12 août

Le compositeur français Pierre Henry lors d'un concert à Nantes le 6 décembre 2002.
© AFP/Archives - Franck Perry

Des horloges hors d'usage, une collection de machines surannées et bien sûr des haut-parleurs par dizaines: bienvenue dans la maison de Pierre Henry, sorte de cabinet de curiosités où le père de la musique électronique donne chaque jour, jusqu'à la mi-août, des concerts privés.

Ce pionnier de la "musique concrète", 80 ans et l'oeil perpétuellement en alerte, vit ici depuis 37 ans, dans une oasis de verdure du XIIe arrondissement, entouré de ses ordinateurs, bandes analogiques, et magnétophones à bandes. Et de ses sons, rangés dans les classeurs aux noms étranges de sa "sonothèque".

Du 4 au 15 août, dans le cadre du festival "Paris Quartier d'été", le musicien y accueille le public pour une série de 22 concerts différents -- tous complets --, deux par jour, l'un extrait de son répertoire, l'autre étant une nouvelle création, "Miroirs du temps".

Dans la cuisine, des collages et assemblages d'objets envahissent les murs, comme le reflet pictural de son oeuvre musicale: ses "peintures concrètes". La dernière en date: une photo de Maurice Béjart, pour lequel il a réalisé la "Messe pour le temps présent" en 1967, ceinte de bois, et surmontée d'une pièce métallique et ronde, comme une couronne en hommage.

Sur la table trône un micro, qui recueille les sons diffusés par les huit haut-parleurs installés dans cette "pièce témoin".

Dans un studio d'enregistrement contigu, le maître des lieux, face à une console et un casque sur les oreilles, "travaille la spatialisation" de sa musique, c'est à dire sa diffusion dans l'espace de la cuisine. "Les lieux où je travaille comptent absolument comme instruments", explique Pierre Henry dans le "Journal de mes sons" (Actes Sud, 2004).

La même musique est diffusée dans chaque autre pièce de la maison, où se trouvent également installés à chaque fois huit haut-parleurs. Les salles ayant chacune une acoustique différente, on peut changer sa façon d'écouter en passant du salon à la bibliothèque.

"C'est un système nouveau, j'enregistre dans un casque pour être partout à la fois", explique Pierre Henry. "Il a une idée par minute!", confirme Bernadette Mangin, son assistante depuis 26 ans.

Le concert commence. On ferme les fenêtres, on éteint quelques lumières, pour mieux se concentrer sur le son. Le "Livre des morts égyptien", une pièce écrite en 1990, et inspirée d'un ensemble de textes sacrés écrits en 1500 avant Jésus-Christ, égraine ses "notes". Ou plutôt ses sonorités, élevées au rang d'art, culminant par une déferlante de pianos qui semblent dégringoler dans un espace temporel. Puis vient "L'eau", morceau de l'"Hugosymphonie", créée en 1985: des "plic" et des "ploc" d'où émerge une musicalité, apparition-disparition de sons ronds ou aigus, joués comme sur un clavier de gouttes, mimant le tic-tac d'une horloge, prenant la forme d'un ballet aquatique ou d'un fleuve se faisant menaçant.

Tout de noir vêtu, fatigué par les deux heures de concert qu'il vient de donner, Pierre Henry évoque le plaisir qu'il éprouve à se retrouver là, dans son intimité, avec un petit nombre d'auditeurs, 30 maximum par concert: "C'est une émotion partagée. Il y a une communion, une qualité d'écoute extraordinaire: la proximité permet de dégager une sensibilité et une sensualité nouvelle."

Pierre Henry déclare vouloir apporter "du bonheur avec un produit esthétique". Un bonheur ressenti et partagé par le public auquel il ouvre sa porte.