Le photographe Michel Comte expose des clichés d'un Tibet "libre à l'intérieur"

Michel Comte devant une de ses photos
© DDP/AFP - Michael Gottschalk
Le photographe suisse Michel Comte révèle des clichés d'un Tibet "libre à l'intérieur" lors d'une exposition à Berlin, dans l'espoir de sensibiliser à la cause tibétaine, à l'heure des JO en Chine.
C'est le portrait d'un peuple pacifique vivant dans la ferveur religieuse et la misère matérielle que Michel Comte a ramené de ses deux voyages au Tibet, en 1986 et en 2008, et qu'il présente en 80 photos du 8 au 22 août au siège du plus grand groupe de presse allemand, Springer Verlag.
Des hommes et femmes plongés dans la pénombre, le visage illuminé par le cierge qu'ils déposent dans un temple bouddhiste, des moines au visage radieux méditant dans un cloître suspendu aux pics vertigineux de l'Himalaya.
La force intérieure qui émane de ces scènes explique peut être la résistance de la culture tibétaine à la présence militaire chinoise, que Comte évoque avec subtilité.
Des portraits du chef spirituel des Tibétains, le dalaï lama, piétinés au pied d'un escalier, des silhouettes militaires sur le ciel de Lhassa, un enfant tibétain portant fièrement sur la tête la casquette d'un soldat chinois...
"Cela montre que la Chine manipule les enfants: ils n'ont pas le droit de parler leur langue maternelle, leurs professeurs sont Chinois. Pour moi, c'est une attitude perfide et sournoise", explique Michel Comte, rendu célèbre par ses photographies de mode avant de se consacrer au reportage dans les régions en crise.
La misère est aussi matérielle. Des enfants se réchauffent autour d'un feu de carton, d'autres errent. Ils ne sourient jamais et leur visage est sale. C'est à leur mémoire que l'artiste a décidé de verser l'argent des ventes à une association caritative pour enfants.

Un moine tibétain dans un temple bouddhiste
© AFP - Teh Eng Koon
Il y a aussi des photographies plus radicales, comme celle de cette banderole géante affichant des clichés des tortures atroces infligées à des Tibétains dans les prisons chinoises. La peau brûlée, les visages méconnaissables, les ongles arrachés.
"La Chine mène une campagne de destruction systématique des croyances et de la culture tibétaine, j'ai vu comment des soldats chinois ont tabassé sans raison des Tibétains dans la rue", se souvient Comte, 53 ans.
Pourtant ces hommes et femmes au visage éprouvé ne cèdent pas: ils tiennent dans leurs mains une photo du dalaï lama, dont la détention est strictement interdite, participent à des marches ou vont en pèlerinage au Palais de Potala, résidence jusqu'en 1959 de leur chef spirituel jusqu'à son exil en Inde à Dharmsala.
"Cette liberté intérieure est certainement ce qui permet aux moines de supporter la servitude que leur imposent les Chinois. C'est ce qui rend les Chinois furieux", souligne l'artiste.
Comte a délibérément choisi de livrer ses photos au public au moment où les yeux sont rivés sur la Chine où se déroulent les Jeux Olympiques: "je ne suivrai pas les Jeux à la télévision. Rien que pour construire le parcours du marathon, 3.200 maisons ont été détruites. On n'a pas le droit de faire des affaires avec la Chine".
