Les films de la semaine: sensuelle mélancolie, polar tragique, monde sauvage

Affiche du film "My Blueberry Nights" de Wong Kar-wai, le 16 mai 2006 à Cannes
© AFP/Archives - Valéry Hache
La
poésie du "Renard et l'enfant", le dernier film
de Luc Jacquet deux ans après le succès de "La
marche de l'Empereur", la sensuelle mélancolie de
Wong Kar-wai dans "My Blueberry nights" et le
conflit tragique de "La nuit nous appartient" de
James Gray sont à découvrir dans les salles cette semaine.
- "Le renard et l'enfant" de Luc Jacquet (France,
1H36) avec Bertille Noël-Bruneau et Isabelle
Carré. Insatiable observateur du monde sauvage, Luc
Jacquet en exalte à nouveau la beauté dans son
dernier film, projeté en exclusivité au Grand Rex
avant sa sortie nationale le 12 décembre, deux ans
après l'extraordinaire succès de "La marche de
l'Empereur", couronné de l'Oscar du meilleur
documentaire à Hollywood. En racontant l'apprivoisement
réciproque d'une petite fille de dix ans et d'un
renard, le réalisateur a voulu retrouver ses sensations
d'enfance et montrer que "la nature telle qu'elle
s'offre, quand on reste des heures sans bouger pour se faire
oublier". Tourné dans le sud du Jura et dans la
région italienne des Abruzzes, le film montre de
somptueux paysages, baignés de lumière dorée,
nimbés de brume ou recouverts d'un manteau de neige,
une nature sereine et idéale. Il met aussi en
scène des animaux sauvages de la faune européenne
(ours, lynx, loutres, corbeaux...), insufflant l'amour et le
respect d'une nature qu'on ne doit pas tenter de
domestiquer, comme l'affirme la fin du "Renard et
l'enfant" dans une scène assez crue, qui peut
choquer les plus petits.
- "My Blueberry nights" de Wong Kar-wai (Chine, 1H51)
avec Norah Jones, Jude Law, David Strathairn, Rachel Weisz,
Natalie Portman. Baigné par la sensuelle
mélancolie du cinéaste hong-kongais Wong Kar-wai,
"My Blueberry nights" dépeint deux coeurs
solitaires rapprochés par leurs blessures, dans un film
en forme d'ode à la jeune chanteuse Norah Jones.
Celle-ci est Elisabeth, une jeune New-Yorkaise
déchirée par un chagrin d'amour qui vient hanter
le bar de Jeremy, à qui Jude Law prête ses traits.
Echouée à quelques mètres d'un amour
fracassé qu'elle observe dans d'autres bras, à
travers les vitres, Elisabeth s'abîme dans une
tristesse sans fin, en mangeant soir après soir
d'écoeurantes tartes aux myrtilles. Le jour où
elle disparaît, Jeremy comprend à quel point la
jeune femme a pris de la place dans sa vie. "My
Blueberry nights" s'attache alors à l'errance
d'Elisabeth, qui sillonne les Etats-Unis et rencontre
d'autres solitaires minés par une peine de coeur,
magnifiquement incarnés par David Strathairn, Natalie
Portman et Rachel Weisz. Un voyage sentimental truffé
de réminiscences du précédent opus de Wong
Kar-wai, "In the mood for love", sorti en 2000.
"My Blueberry nights" a fait l'ouverture du 60e
Festival de Cannes en mai, où il concourait pour la
Palme d'or.

L'actrice Marley Shelton lors de la première du film "We Own the Night" de de James Gray à New York , le 9 octobre 2007
© AFP/Getty Images/Archives - Stephen Lovekin
- "La
nuit nous appartient" de James Gray (Etats-Unis, 1H54,
titre original: "We own the night") avec Joaquin
Phoenix, Mark Wahlberg, Robert Duvall, Eva Mendes. La
mythologie du polar et celle de la Grèce antique
scellent leurs noces tragiques dans ce dernier opus du
surdoué américain James Gray, qui livre une
nouvelle et brillante variation autour de ses thèmes de
prédilection, la famille, la fraternité et la
fatalité. Fin des années 80, dans un New York
gangréné par la violence et la drogue. Bobby Green
dirige une boîte de nuit branchée qui appartient
à la mafia russe. Pris sous l'aile d'un patriarche
mafieux, Bobby s'est trouvé une famille de coeur,
à laquelle il dissimule soigneusement une filiation
biologique dont il a honte: son vrai nom est Grusinsky et
son père, ainsi que son frère sont deux pointures
de la police new-yorkaise. Flics et voyous entament
bientôt une guerre sans merci et Bobby, soutenu par sa
petite amie Amada, doit choisir son camp: liens du coeur ou
liens du sang ? Tout comme le chef d'oeuvre "Little
Odessa" (1994) puis "The Yards" (2000,
déjà avec Phoenix et Wahlberg) le troisième
long métrage de Gray est sous-tendu par les thèmes
de la fraternité et de la vengeance familiale. "La
nuit nous appartient" est aussi profondément
marqué par la tragédie grecque: ses luttes
familiales rappellent la malédiction des Atrides.
- "Les femmes de ses
rêves" de Peter et Bobby Farrelly
(Etats-Unis, 1H45, titre original: "The
heartbreak kid") avec Ben Stiller, Michelle Monaghan,
Malin Akerman, Jerry Stiller. Après le délirant
"Mary à tout prix", à ce jour leur plus
grand succès en France - 3,6 millions d'entrées en
1998 - les frères Farrelly reviennent à la
comédie romantique déjantée. Eddie, un
célibataire new-yorkais propriétaire d'un magasin
d'articles de sport, est mis au pied du mur par son meilleur
ami: "T'as quarante ans et t'es pas marié... Faut
fermer les yeux et sauter !" Eddie décide alors
d'épouser Lila, la blonde sexy avec laquelle il flirte.
Mais à peine le mariage célébré,
débute le calvaire: une lune de miel avec une
créature de rêve bourrée de (mauvaises)
surprises - un passé de junkie surendettée, une
cloison nasale déviée qui la fait vomir par le
nez, un goût incontrôlable pour le chant à
tue-tête... Des acteurs en forme, en particulier la
Canadienne d'origine suédoise Malin Akerman -
excepté Jerry Stiller, le père de Ben Stiller, en
plein cabotinage - au service d'un scénario bourré
de gags souvent drôles, mais inégaux. "Les
femmes de ses rêves" a été projeté
au Festival du film américain de Deauville.
- "Il était une fois" de Kevin Lima (Etats-Unis,
1H48, titre original: "Enchanted") avec Amy Adams,
James Marsden, Susan Sarandon, Patrick Dempsey. Les studios
Walt Disney ont mêlé animation en 2D, effets
numériques et images réelles pour les besoins de
ce conte de Noël moderne, qui tourne gentiment en
dérision l'univers Disney. La blonde Giselle est une
princesse de contes de fées qui vit au royaume magique
d'Andalasia, où elle est, comme il se doit, promise au
Prince charmant. Mais la méchante reine en a
décidé autrement: elle propulse Giselle dans le
monde des humains, au coeur de New York, où celle-ci
trouve refuge chez un bel avocat. Son coeur de princesse en
carton-pâte va-t-il fondre ? Un film "cousu
main" pour les admiratrices de Cendrillon, mais la
dérision reste si légère qu'elle frise la mièvrerie.
- "Across the universe" de Julie Taymor (Etats-Unis,
2H14) avec Evan Rachel Wood, James Urbaniak. Une histoire
d'amour dans les années 60, au coeur des manifestations
anti-guerre, des voyages spirituels et du rock'n roll, qui
part des docks de Liverpool vers le psychédélique
Greenwich Village, des émeutes de Détroit aux
champs de bataille du Vietnam. Le troisième
long-métrage de Julie Taymor après
"Frida", le portrait de l'artiste peintre mexicaine
incarnée par Salma Hayek tourné en 2001.
- "Agent double" de Billy Ray (Etats-Unis, 1H51) avec
Ryan Philippe, Chris Cooper, Laura Linney. Eric O'Neill
intègre le nouveau service de Robert Hanssen
dédié à la protection des informations top
secrètes du FBI. Son enthousiasme vire à
l'angoisse quand il découvre la vraie raison de cette
promotion: Hanssen est suspecté de vendre à
l'ex-URSS des informations majeures, et fait l'objet d'une
enquête. O'Neill devra tromper son chef pour
révéler sa traîtrise.
- "Ce que mes yeux ont vu" de Laurent de Bartillat
(France, 1H28) avec Sylvie Testud, James Thiérrée,
Jean-Pierre Marielle. Une étudiante en histoire tente
de découvrir l'identité d'une femme peinte par
Watteau dans ses tableaux.
- "Nacido y criado" de Pablo Trapero (Argentine,
1H40) avec Federico Esquerro, Martina Gusman, Guillermo
Pfening. Santiago, décorateur d'intérieur reconnu,
est aussi le mari de Milli et le père affectueux de
Josefina. Sa vie confortable s'effondre lorsqu'une
tragédie brise sa famille. Méconnaissable, il
réapparaît dans un aéroport désolé,
au milieu des paysages glacés de la Patagonie.
Tourmenté par les fantômes d'un passé
inaltérable, Santiago doit se réconcilier avec le
présent pour éviter de tomber dans la folie. Le
quatrième long métrage de l'Argentin Pablo
Trapero, talentueux auteur de "Mundo Grua" et
"El Bonaerense".
- "Paysages manufacturés" de Jennifer Baichwal
(Canada, 1H26). Lors d'un voyage en Chine, le photographe
canadien Edward Burtynsky apporte des documents sur les
effets néfastes de la pollution et de
l'industrialisation sur les paysages naturels.
- "Le temps d'un regard" d'Ilan Flammer (France,
1H07) avec Mathieu Demy, Marina Hands, André Wilms,
Fanny Cottençon. Paris, l'été. Trois
personnages en quête d'eux-mêmes. Le jeune Antoine
quitte son travail aliénant sur un coup de tête.
Monsieur Jules retrouve son ancien quartier pour exorciser
ses fantômes. Natalia est obsédée par le sort
d'Howard Smith, un condamné à mort américain
en passe d'être exécuté. Leurs destinées
vont se croiser, le temps d'un regard.
- "13 French Street" de Jean-Pierre Mocky (France,
1H30) avec Thierry Frémont, Nancy Tate, Tom Novembre,
Bruno Solo. Malgré leur différence d'âge,
Alex et Victor deviennent amis pendant la guerre du Golfe.
Quelques années plus tard, Victor invite son ami pour
lui présenter sa superbe femme et lui faire visiter son
manoir de bord de mer. Très vite, Alex est troublé
par la jeune femme. Alors naît entre eux une passion
sexuelle, freinée par l'omniprésence de la vieille
mère de Victor.
- "Tickets" d'Ermanno Olmi, Abbas Kiarostami et Ken
Loach ( 1H55) avec Carlo Delle Piane, Valeria Bruni
Tedeschi. Trois réalisateurs, un Italien, un Iranien et
un Britannique, racontent trois histoires entrecroisées
qui se déroulent dans un train entre l'Autriche et
l'Italie. Un vieux scientifique rêve de la jeune femme
qui l'a déposé à la gare, une épouse de
militaire tyrannise le jeune appelé qui l'accompagne,
et trois jeunes supporters de foot sont confrontés au
tragique destin d'une famille immigrée albanaise.
Malgré le talent des cinéastes qui signent
"Tickets", le film s'enlise dans l'anecdotique et
manque de rythme. Seule la troisième partie,
signée par Loach, captive avec un véritable enjeu dramatique.
